Dans le nord du Népal, les hauts sommets de l’Himalaya attirent randonneurs et alpinistes du monde entier. Dans le sud, plus confidentiel, les montagnes cèdent la place à une plaine au climat subtropical. Avec son vaste paysage fluvial, le parc national de Chitwan est un véritable paradis pour les animaux sauvages. En 1973, la région au sud de la rivière Rapti a été classée réserve naturelle. Cette mesure visait avant tout à préserver l’habitat des rhinocéros et des éléphants de la région. Les prairies au bord du fleuve et les forêts voisines abritent une incroyable biodiversité : plus de 500 espèces d’oiseaux côtoient une multitude de mammifères, de poissons et de reptiles, parmi lesquels figurent les gavials, des sauriens aussi rares qu’insolites. Leur nom anglais, gharial, vient du mot hindi "ghara" qui signifie "pot" en hindi. Il renvoie à une excroissance située au bout du museau des mâles arrivés à maturité sexuelle. Les femelles creusent leurs nids dans les bancs de sable des rivières fin mars et y déposent jusqu’à 60 œufs. Pendant l’incubation, des gardes-chasse comme Prakash Basnet veillent à ce que les nids soient protégés. En mai, la femelle déterre ses œufs. Elle reste donc constamment à proximité, car l’éclosion peut survenir à tout moment. Pour inspecter les nids, Prakash peut compter sur l’expertise de Phoebe Griffith, une herpétologue britannique qui a passé une grande partie de son enfance au Népal. Pour sa thèse de doctorat sur la répartition et les schémas de déplacement des gavials, elle a mené des recherches au cœur des paysages fluviaux subtropicaux du sud du pays. Ensemble, ces défenseurs de la nature mettent tout en œuvre pour préserver cette espèce unique en danger critique d’extinction.