De son enfance, il se rappelle avoir vécu à de nombreux endroits ainsi que du mur de barbelés qui entourait la prison où on l'a baptisé et où étaient incarcérés ses deux parents – son père pour un double meurtre, sa mère, pour complicité. L'affaire avait fait les gros titres de la presse suédoise dans les années 1990. Pour le reste, peu de souvenirs. Ceux d'un enfant fugueur, souvent battu, placé dans des familles d'accueil abusives. À 32 ans, tout juste sorti de prison pour trafic de drogue, Tabaré, hanté par son passé et à la croisée des chemins, décide de contacter les services sociaux pour tenter de faire la lumière sur les violences qu'il a subies.
Défaillance
Il a pris l'habitude de ne pas penser à son enfance, mais elle le précède pourtant partout où il va. Que ce soit chez lui, dans le même quartier où ses parents ont commis l’irréparable lorsqu'il avait 5 ans, en visite à sa mère alcoolique ou lorsqu'il se confie à sa grande sœur Francisca, qui a tout fait pour le protéger durant ses années de placement, mais ne parle jamais de leur souffrance commune. La caméra de Sebastián Peña Rojas et Jesper Klemedsson Sotomayor pose un regard plein d'empathie sur Tabaré, cet adulte "retenu en enfance", aux prises avec les plaies à vif d'un passé traumatique, oscillant entre quête de normalité et criminalité. Un parcours bouleversant, qui met également en lumière les défaillances des services sociaux suédois.