"Aujourd'hui, aux mains des fascistes d'extrême gauche et des marxistes, ces mauvaises personnes qui la dirigent, la Californie est devenue le symbole du déclin américain." Pour Donald Trump, la Californie, peuplée à 40 % d'Hispaniques, berceau de la contre-culture progressiste et de la défense des minorités, en pointe sur l'écologie et gouvernée depuis deux mandats par un démocrate, incarne par excellence l’"ennemi de l’intérieur". En grandissant à Santa Monica, Stephen Miller, le conseiller du président en matière d'immigration, y a forgé, lui, sa haine du multiculturalisme. Aussi a-t-il choisi le "Golden State", le plus riche des États-Unis et 4e PIB mondial s’il était un pays, comme laboratoire des expulsions massives promises à la base Maga. En juin 2025, alors que s'y multiplient les manifestations de solidarité avec les milliers de personnes arrêtées en pleine rue en raison de leur accent ou de leur couleur de peau par la police fédérale de l'immigration, l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), la garde nationale et les marines sont déployés à Los Angeles. Mettre au pas la mégapole californienne, c’est adresser un message au reste du pays : cette fois, la révolution conservatrice impulsée par la Maison-Blanche ne va pas se laisser freiner par la loi. Mais le gouverneur Gavin Newsom, qui se pose désormais en challenger principal de Donald Trump sur les scènes nationale et internationale, a prévu l'attaque et, avec le procureur général Robert Bonta, va déposer pas moins de 66 plaintes contre l'administration fédérale au fil des mois…
Lignes de fracture
Les institutions démocratiques américaines peuvent-elles résister à l'offensive idéologique d'un exécutif bien décidé à repousser les limites constitutionnelles ? À la lumière des événements qui se sont succédé depuis janvier 2025, des journalistes, des juristes – dont Rob Bonta – et des politistes analysent ce qui se joue en profondeur dans l'affrontement entre la Californie et Washington, sur les terrains de l’immigration, mais aussi de la justice, de l'environnement ou de l’université. À la veille des élections de mi-mandat, ce gros plan passionnant montre ainsi combien ces deux années de révolution conservatrice ont davantage creusé les divisions de l'Amérique. Quelle que soit l'issue du scrutin, la fracture apparaît plus que jamais irréconciliable.