Robert Stroud entame une première peine de neuf ans dans l'univers carcéral américain, après un meurtre commis en Alaska. Emprisonné dans un quartier isolé du pénitencier de Leavenworth, au Kansas, il écope de la peine de mort, plus tard commuée en perpétuité, après un nouveau meurtre, celui d'un gardien qui lui refusait la visite de sa mère. Un soir de tempête, tandis qu'il effectue sa promenade dans la cour de la prison, la branche d'un arbre qui s'abat à ses pieds révèle un nid, d'où appelle un tout jeune moineau. Robert le recueille : le début d'une passion qui l'amènera, lorsqu'il ne se battra pas pour la dignité des personnes à l'isolement, à constituer une véritable volière dans sa cellule, à écrire deux traités d’ornithologie et à devenir, depuis l'île d'Alcatraz où il est transféré, un ponte mondialement reconnu dans sa discipline…
Sous son aile
Visuellement stupéfiant (le noir et blanc du chef-opérateur aux deux Oscars Burnett Guffey donne à la mise en scène de John Frankenheimer une patine expressionniste), Le prisonnier d'Alcatraz surprend par son détournement du "film de prison", transformé en histoire d'amour poignante entre un asocial farouchement attaché à sa dignité et des oiseaux… De tous les plans, Burt Lancaster, avec son mètre quatre-vingt-sept et ses mains d'étrangleur, bouleverse dans les mille précautions qu'il prend à soigner ses petits pensionnaires, entouré de tueurs patibulaires dont le cœur fond à la naissance d'un nouvel oisillon. Sa performance provoqua d'ailleurs une vague de sympathie dans le public américain, qui pétitionna pour obtenir la libération du réel "homme aux canaris d'Alcatraz", comme fut surnommé ce détenu atypique, porte-étendard des personnes condamnées à l’isolement dans les geôles américaines, dont Frankenheimer a voulu porter l'histoire folle à l'écran. Comme ses oiseaux, Robert Stroud passa le reste de sa vie en cage.