Par un beau jour d'automne, Jérémie revient à Saint-Martial pour l'enterrement de son ex-patron, le très regretté boulanger du village, puis prolonge son séjour dans l'accueillante maison de Martine, sa veuve. Il s'installe dans la chambre d'ado de Vincent, le fils du couple, qui voit d'un œil de plus en plus sombre son ami d'enfance prendre ses aises chez sa mère. Entre village et forêt environnante, tandis que l'intrigant revenant déambule sur les traces de sa prime jeunesse, d'autres personnages – hostiles ou bienveillants – cherchent à comprendre les raisons de sa venue, ou à élucider ses faits et gestes : l'abbé Griseul, le perspicace curé du village, le farouche Walter, un autre copain d'avant, et bientôt, un duo de gendarmes circonspects, qui enquête sur une nouvelle disparition…
Les flux du désir
Que cherche Jérémie ? Adaptant une partie de Rabalaïre (P.O.L), son roman de plus de mille pages paru en 2021, Alain Guiraudie n'apporte aucune explication à son comportement. Comme dans un mauvais rêve, dans les pas de son héros – "un mec qui va à droite, à gauche, qui aime bien aller chez les gens", selon la traduction donnée par le cinéaste-écrivain du titre occitan de son livre –, on explore ces lieux bucoliques habités par une sourde menace, comme si les rues désertées du village et les splendeurs de la nature dissimulaient d'indéchiffrables mystères, dont chacun des protagonistes détient une ou plusieurs clés. Mais la miséricorde promise instille en contrepoint une petite musique allègre, teintée de burlesque, qui tient les cauchemars en respect. "Nous avons tous tellement besoin d'amour", résume l'abbé (merveilleux Jacques Develay), prêchant pour sa paroisse au sens littéral et figuré. Entre comédie et drame, porté par son formidable casting, le film – l'un des plus grands succès publics d'Alain Guiraudie avec L'inconnu du lac – ausculte avec autant d'humour que de finesse les flux vitaux et contraires du désir.