Sur un sentier escarpé des Alpes, un randonneur fait une chute mortelle. Derrière lui, un autre homme, Enzo, âgé mais marcheur confirmé, donne l'alerte. Trois jours plus tard, alors qu’il s’apprête à quitter la région, les gendarmes l’arrêtent et le placent en garde à vue. Le juge chargé de l’affaire souhaite l’interroger, convaincu qu'il ne s’agit pas d’un accident. Il s’avère en effet qu’Enzo et le défunt se connaissaient : dans les années 1970, en Italie, ils faisaient tous les deux partie des Brigades rouges. En échange d’une remise de peine, le second avait livré le premier à la police…
Dialogue impossible
Inflexible, Enzo affirme ne pas savoir pourquoi cet homme, surgi d’un passé révolu, est réapparu sur le même sentier de montagne que lui. Invraisemblable coïncidence ? "Vous ne croyez pas à l’impossible, vous préférez le probable", assène-t-il au juge qui le presse de questions. Mais la conviction de ce dernier, déterminé à trouver la faille dans le roc qui se tient devant lui, ne peut pas plus être démontrée. Un gouffre sépare le magistrat aux contours nets, plein d’une jeune assurance, et le vieil homme revenu de ses guerres, mais aux convictions toujours intactes. Le film raconte un dialogue impossible : entre deux générations, deux conceptions de la justice ; entre le passé et le présent, les vivants et les morts. Un affrontement à la fois tendu et civilisé, où brillent les deux magnifiques comédiens que sont Fabrizio Bentivoglio (vu notamment chez Theo Angelopoulos, Michele Placido et Paolo Sorrentino) et Swann Arlaud. Au fil de ce captivant face-à-face, dramatisé avec une sobre précision, Emmanuel Finkiel ménage d’émouvantes échappées loin du huis clos judiciaire : vers l’amour perdu d’Enzo, et vers la montagne à la présence immémoriale.