Le quartier Saint-Jean de Marseille, vieux de 2 500 ans fut détruit par les nazis en février 1943, avec la collaboration du régime de Vichy. Surnommé « le quartier du Vieux-Port », « la Petite Naples » ou « le Bagatouni », il constituait un espace populaire et cosmopolite où vivaient ouvriers, immigrés, réfugiés antifascistes, marginaux et militants politiques. Lieu de brassage culturel et social, dans les années 1920 il fascinait écrivains, artistes et cinéastes, attirés par son atmosphère à la fois misérable, vivante et libre. Dans les années 1930, sous l’influence du nationalisme et de la xénophobie croissante, la presse, la littérature et une partie du monde politique le présentent comme un foyer de criminalité et de désordre. Les habitants, souvent pauvres et d’origine étrangère, deviennent les cibles d’un discours stigmatisant. Cette propagande nourrit l’idée qu’il faudrait « nettoyer » ou même raser les Vieux Quartiers. Lorsque les autorités nazies lancent en janvier 1943 l’opération Sultan, avec le soutien actif de la police française dirigée par René Bousquet, elles concrétisent un projet déjà largement préparé dans les esprits. La rafle du Vieux-Port et la destruction de Saint-Jean sont l’aboutissement d’un long processus de dénigrement. Le film s’attache moins à la tragédie elle-même qu’aux mécanismes idéologiques qui l’ont rendue possible. À travers cette histoire, il montre comment la répétition de discours haineux et l’usage des mots peuvent transformer des populations en boucs émissaires et conduire à l’exclusion, à l’humiliation et à la violence collective.