Le 7 octobre 2023, près d’un quart des habitants de Nir Oz ont été tués ou enlevés par des combattants du Hamas. Parmi les otages figurait Chaïm Peri, l’un des fondateurs de ce kibboutz situé à la lisière de Gaza, mort en captivité quelques mois plus tard. Pendant plus de quatre décennies, celui qui fut aussi cinéaste et artiste a documenté, caméra à la main, le quotidien de ses camarades, du rêve originel à l’effritement social et économique du modèle collectiviste, emblème d’un sionisme socialiste autrefois triomphant. Dans une société israélienne de plus en plus radicalisée et militarisée au fil des années, cet idéaliste inébranlable, qui prit part à toutes les guerres par fidélité à sa patrie, a milité jusqu'au bout contre l’occupation des territoires palestiniens et l’expansion des colonies. "J’ai peur des gens qui ont maintenant décidé que nous pouvons régler nos problèmes par la force", confiait-il lors d’une interview enregistrée en 2019.
Sur la frontière
Les films de Chaïm Peri, retrouvés dans un abri souterrain après l’attaque du kibboutz, forment le cœur de ce poignant récit documentaire. Associées à des archives historiques et à des témoignages de chercheurs et d’habitants de Nir Oz, relogés dans une ville voisine, ces images intimes, au grain nostalgique, esquissent le portrait d’une génération de pionniers profondément attachée à l'idéal sioniste, mais convaincue que la sécurité ne pourrait être durable sans la paix. À travers ces vies sur la frontière, Yaël Vidan et Olga Kravets retracent ainsi, de la création de l’État d’Israël à aujourd’hui, les soubresauts d’un conflit qui continue de façonner le destin de deux peuples, entre périodes de cohabitation et explosions de violence. Donnant également la parole au géographe palestinien Salman Abou Sittah, dont la famille a été chassée de la région lors de la Nakba, leur film raconte, dans toutes ses ambiguïtés, l’histoire d’une utopie perdue, qui survit néanmoins en partie chez les descendants des kibboutzniks. Alors que la situation à Gaza et en Cisjordanie ne cesse de se détériorer, le petit-fils de Chaïm, Mai Peri, est devenu à son tour l'une des voix du camp de la paix. Une lueur d’espoir au milieu du chaos.