Été 1866. La Prusse, sous l'égide du chancelier Otto von Bismarck, et l'Autriche, dirigée par l'empereur François-Joseph Ier, fourbissent leurs armes pour une bataille qui façonnera l'avenir de l'Europe et présidera à l'unification de l'Allemagne. Face à face, deux ogres du continent, alliés jusqu'à peu au sein de la Confédération germanique : la Prusse, puissance industrielle sans égale, et l'Autriche des Habsbourg, plus grande force militaire de la région. Bismarck rêve de réaliser l'unité allemande en rassemblant les États souverains, royaumes, duchés, principautés et villes libres, unis par une langue et une culture communes, qui fondent la Confédération. François-Joseph, lui, préférerait ne rien changer au statut quo à son avantage… L'une des deux puissances est de trop. Lorsque, à la demande de l'Autriche, l'assemblée de la Confédération vote la mobilisation contre la Prusse, Bismarck envahit plusieurs territoires voisins. Les Autrichiens, géants aux pieds d'argile, essuient défaite sur défaite. À Sadowa, au nord-est de l'actuelle Tchéquie, l'ultime bataille se noue : au matin du 3 juillet 1866, 224 000 soldats autrichiens font face à 211 000 Prussiens.
Guerre fratricide
La "guerre fratricide" austro-prussienne, comme la nomment aujourd'hui les Allemands, marque la fin d'un monde dominé par l'Empire d'Autriche et l'avènement d'un autre, où la Prusse imposera bientôt la puissance de son industrie. Le documentariste Fritz Kalteis consulte historiens et experts militaires pour livrer un précis exhaustif de cette journée qui fit basculer l'Europe dans une nouvelle géographie du pouvoir, retraçant, heure par heure, l'une des dernières batailles classiques, menée en un seul jour et un seul lieu, avant l’entrée de la guerre dans l’âge industriel. Les extraits du journal d'un combattant, seul récit à la première personne d'un soldat du rang à nous être parvenu, permettent une reconstitution habile, sous la forme d'un dispositif théâtral, de ce que vécurent les acteurs anonymes de ces grandes heures de l'histoire.