Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle génération de compositeurs émerge à la suite de Bela Bartok. Ses grands représentants sont György Ligeti et György Kurtag, qui se sont liés d’amitié au conservatoire de Budapest, avant de voir leurs élans novateurs entravés par le régime soviétique. Après l’écrasement de la révolution de 1956, Ligeti fuit en Allemagne de l’Ouest, où il s’impose en star de la musique contemporaine, tandis que Kurtag, resté à Budapest, devient professeur à l’Académie Franz-Liszt. La chute du Mur, en 1989, ouvre une nouvelle ère : Berlin aimante l’élite artistique magyare, dont les créations – notamment celles de Kurtag – conquièrent un large public. En Hongrie, la montée du Fidesz de Viktor Orban s’accompagne d’un regain d’intérêt pour le folklore traditionnel. Un patriotisme rejeté aujourd’hui par le collectif de jeunes compositeurs de musique classique contemporaine hongroise, Studio Five.
Révélateur musical
Et si la musique permettait de saisir l’âme hongroise ? Articulé autour d’une rencontre entre György Kurtag, qui a eu 100 ans en 2026, et le pianiste français Pierre-Laurent Aimard, ce documentaire revisite l’histoire d’un pays qui a su rester vivant sur le plan culturel malgré les soubresauts politiques. Une traversée éclairante, nourrie aussi par les témoignages de Vera Ligeti, la veuve du compositeur, de l’écrivain et historien György Dalos et de Peter Nadas, photographe et figure majeure de la littérature hongroise, disparu en août dernier.