Ils grognent, ont un look contestable, l'air souffreteux et des intentions visiblement peu amènes. Si les zombies apparaissent comme des individus peu fréquentables, leur popularité auprès des vivants ne cesse de croître en ce jeune XXIe siècle. En témoignent les succès sidérants de The Walking Dead (11e saison en 2023) ou de World War Z et 28 Days Later dans les salles obscures. Ils ne sont pourtant pas (mort-)nés en 1968 devant la caméra de George A. Romero, avec son immortelle Nuit des morts-vivants, ni même en 1932 avec Bela Lugosi (White Zombie). Car cela fait des centaines d'années qu'ils hantent l'imaginaire collectif. "Zombie" provient de "nzùmbe", l'esprit des morts en kimbundu, une langue d'Afrique occidentale : dans la culture vaudou, ce fantôme établit un lien entre le monde des vivants et celui des défunts. Une croyance, qui, au XVIIe siècle, traverse l'Atlantique lors de la traite des esclaves et se mêle au christianisme. Depuis, pourvoyeurs infatigables d'excitation et de frissons intergénérationnels, les zombies ont colonisé les esprits jusqu'à devenir un phénomène de la culture pop. Sur quoi repose leur étrange pouvoir de fascination ?
Frères de sang
Qu'ils suscitent l'épouvante ou l'amusement (et souvent les deux entremêlés), les morts-vivants nous tendent un miroir reflétant nos peurs, nos crises et nos désirs les plus profonds. Ils peuvent tout autant apparaître comme les produits d'une société en déréliction, métaphores incarnées de son effondrement et des angoisses qu'elle génère. "Quand il n'y aura plus de place en enfer, les morts reviendront sur terre”, prophétise George A. Romero, un des intervenants de ce documentaire qui retrace l'évolution d’un genre aux multiples visages. Au fil du temps, films, BD, romans ou clips ont su muter avec leur époque, abordant plus souvent des thèmes politiques tels que le racisme, la morale, la surconsommation, les conflits sociaux ou le genre. À travers des extraits de classiques du cinéma, de coulisses de tournages et des témoignages issus de Hollywood – dont celui de Milla Jovovich, héroïne de la saga Resident Evil – et de la scène indépendante, ce film montre pourquoi le zombie est toujours aussi intemporel, et donc toujours moderne : vorace, contagieux et en errance perpétuelle, il est le visage de notre humanité révélée.