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Mes fantômes arméniens
75 min
Disponible jusqu'au 06/01/2027
En voyageant dans le cinéma arménien soviétique de son enfance, la réalisatrice renoue avec son père défunt un dialogue interrompu, empreint d'amour, de beauté et d'une ineffable nostalgie.
Quand elle était petite, dans une Arménie dont on n'imaginait pas alors qu'elle cesserait un jour d'être soviétique, Tamara Stepanyan adorait les jeudis : ces soirs-là, la télé diffusait des classiques du septième art produits par les studios d'État Hayfilm (Armenfilm, en russe), qu'ils regardaient en famille, avec son frère, sa mère violoncelliste et son père acteur de cinéma et de théâtre. Issue de grands-parents qui travaillaient aussi dans ces studios d'Erevan, elle était subjuguée par ces images, ces visages et ces histoires, depuis les splendeurs muettes des années 1920 jusqu'aux chefs-d'œuvre longtemps censurés de Sergueï Paradjanov. Après la chute de l'URSS, en 1991, et alors que la première guerre du Haut-Karabakh fait rage, ses parents s'installent à Beyrouth pour fuir la pénurie généralisée. Tamara y grandit puis, ayant décidé de devenir réalisatrice, entame des études de cinéma, tandis que les siens repartent en Arménie. Devenue documentariste, elle ne cesse de revisiter ce pays natal qui la hante comme un membre fantôme, en résonance avec la mémoire tragique de l'exil et de la perte qui sous-tend l'identité arménienne. Après le décès soudain de Vigen, son père, en 2020, Tamara part à sa recherche à travers les films qui les ont fait vibrer ensemble, tissant ces morceaux de gloire, de beauté, de deuil et de joie dans un récit d'une pudique intimité adressé au défunt.
Miroir ambigu
Entremêlant ces images mouvantes, tournées sur soixante-dix années, avec des vidéos et photos de famille et des archives documentaires d'une histoire marquée par un génocide, des guerres, le stalinisme, des séismes et une succession d'autres épreuves, Tamara Stepanyan accomplit un voyage poignant dans son passé et celui de l'Arménie. Retravaillant ce riche matériau cinématographique au rythme des échos et des récurrences, des collisions tragiques ou ironiques qu'elle y décèle, elle fait ainsi émerger le récit inconscient d'une nation. En parallèle, au fil d'une déambulation dans les studios désormais désertés de Hayfilm, sa voix nous guide dans les fulgurances et les non-dits de ce miroir ambigu soumis à la propagande, mais où se projettent son amour pour les siens, sa nostalgie et sa vision du monde.
Réalisation
Tamara Stepanyan
Pays
France
Année
2025
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