Dès le XIXe siècle, des chercheurs identifient les effets potentiels de l'industrialisation sur l'atmosphère et prédisent une hausse des températures engendrée par les émissions de dioxyde de carbone. Après la Seconde Guerre mondiale, des scientifiques liés au projet "Manhattan" – à l'origine de la bombe atomique –, qui y voient une opportunité d'imposer le nucléaire, alertent à leur tour sur l'impact des énergies fossiles. En pleine guerre froide, les stratèges du Pentagone envisagent, eux, d'utiliser les phénomènes climatiques comme des armes. La météorologie, l'océanographie ou la géophysique progressent alors à grands pas, tandis que la modélisation du climat devient possible grâce à la puissance de calcul des ordinateurs. Alors que les avertissements se multiplient et que la jeunesse se mobilise pour l'environnement, l'Organisation des Nations unies (ONU) organise en 1972 le premier sommet de la Terre à Stockholm. Mais le choc pétrolier qui suit conduit les puissances occidentales à relancer la production de charbon…
Inaction coupable
Allégorie d'un monde en danger, Jakarta prend l'eau, poussant l'Indonésie à ériger une nouvelle capitale dans la forêt de Bornéo. Mais alors que l'urgence de l'adaptation s'impose, les milieux d'affaires prônent un nouveau capitalisme vert. "Le développement durable est en réalité une diversion. Ceux qui défendent la croissance verte s'intéressent davantage à la croissance qu'au vert", fustige Dennis Meadows, coauteur en 1972 d'un rapport du Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur les limites de la croissance dans un monde fini. Entrelaçant riches archives, séquences d'animation et interventions d'activistes, de journalistes et d'éminents chercheurs (le climatologue James Hansen, l'environnementaliste Rafe Pomerance, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, qui coprésida un groupe de travail du Giec…), cette série documentaire de Jean-Robert Viallet (L'homme a mangé la Terre) retrace, sur deux siècles en trois épisodes, les mises en garde et coups de boutoir successifs qui ont entouré la question climatique. Au croisement de l'histoire industrielle, des idéologies et des avancées scientifiques, cette dense chronologie, écrite avec le concours de l'historien des sciences et de l'énergie Jean-Baptiste Fressoz, rappelle avec force que le réchauffement planétaire n'était pas une fatalité. Mais pour le moment, malgré les sommets internationaux, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) et les mobilisations citoyennes, les lois du marché et la perpétuation de nos modes de vie continuent de prévaloir sur la lutte contre le dérèglement climatique, dessinant un avenir dystopique dont les plus vulnérables subissent déjà les ravages.