D’un côté, une population mondiale et des besoins énergétiques qui ne cessent de croître ; de l’autre, un dérèglement climatique qui s’accélère et impose de renoncer aux énergies fossiles. Dans ce contexte, les expériences menées depuis un demi-siècle autour de la fusion nucléaire font figure de Graal. Le principe : reproduire sur Terre le phénomène naturel des étoiles, qui dégage une énergie considérable. Pour cela, il faut assembler deux noyaux atomiques légers pour former un noyau plus lourd – au contraire de la fission de nos centrales nucléaires, où il s’agit de “casser” des noyaux très lourds. Mais comment créer un “mini-soleil” de manière contrôlée ? En décembre 2022, un laboratoire californien a annoncé avoir réussi, grâce à la fusion, à produire plus d’énergie qu'il n’en avait reçu au départ. L’énergie du futur est-elle à portée de main ?
Un long chemin
"Sommes-nous réellement dans la dernière ligne droite ?", s’interrogent les auteurs de cette enquête scientifique qui plonge au cœur d’un secteur en pleine ébullition. À Darmstadt, Markus Roth, professeur à l’université technique de la ville, y croit : avec son entreprise Focused Energy, il souhaite construire au plus vite une centrale à fusion inertielle – le procédé qui a fait ses preuves en Californie. En France, les concepteurs du réacteur expérimental ITER ont fait le choix d’une autre technique : la fusion magnétique. Son directeur général Pietro Barabaschi est conscient du chemin qui reste à parcourir : "La fusion nucléaire est peut-être la plus complexe de toutes les approches. Mais pour le bien de l’humanité, il faut y aller et faire de notre mieux."