En août 2020, Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, affronte lors de l’élection présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa, qui a pris le relais de son mari Sergueï, candidat prodémocratie jeté derrière les barreaux. L’annonce des résultats officiels (plus de 80 % des suffrages en faveur du dictateur), jugés frauduleux par l’opposition, déclenche une contestation d’une ampleur inédite, qui durera de longs mois malgré la férocité de la répression. À Tallinn, où elle a fui en 2018, Volia Chajkouskaya suit le soulèvement avec espoir, et commence à filmer trois femmes de prisonniers politiques, de mobilisations publiques en échanges intimes : Svetlana Tikhanovskaïa, qui poursuit son action depuis la Lituanie ; Nadejda, réfugiée en Lettonie avec ses deux filles ; et "Masha", restée en Biélorussie pour défendre son mari, en proie à un désespoir grandissant.
Cheminement personnel
"Les autorités ont oublié que derrière chaque homme fort se cache une femme forte", déclarait pendant sa campagne Svetlana Tikhanovskaïa, qui s’est révélée dans ce rôle de cheffe de l’opposition auquel elle n’était pas préparée. En captant les espoirs, les doutes et le courage de ses compatriotes, la documentariste Volia Chajkouskaya retrace un double éveil : celui d’un peuple, porté par des résistantes qui ont osé défier la tyrannie, et le sien, à mesure qu’elle se libère de la peur reçue en héritage pour devenir actrice des événements. Au fil d’images d’actualité, d’entretiens et de tranches de vie, ce portrait choral au long cours, sensible et engagé, fait résonner des voix féminines qui refusent de s’éteindre, alors que Loukachenko tient toujours le pays et soutient la guerre de Poutine en Ukraine.