Olivier Père

Cycle Pedro Almodóvar sur ARTE

Alors que son nouveau film Autofiction est attendu en compétition au Festival de Cannes (sortie en salle le mercredi 20 mai), ARTE propose un cycle Pedro Almodóvar sur son antenne et sa plateforme.

 

Douleur et Gloire

Douleur et Gloire (Dolor y gloria, 2019) nous plonge dans l’intimité de Salvador Mallo, réalisateur autrefois admiré, aujourd’hui dépressif. Il ne tourne plus à cause des nombreuses douleurs physiques et psychiques qui l’accablent. Une série de retrouvailles et un flot de souvenirs vont lui permettre d’approcher le sens de sa vie. Avec Douleur et Gloire, Almodovar signe son Huit et demi. Comme dans le chef-d’œuvre de Fellini, le cinéaste entreprend un voyage introspectif au cœur de son univers. Il se penche, sans complaisance, sur les affres de la création, ses relations privilégiées avec ses acteurs fétiches, l’importance de la mémoire et son attachement à la figure maternelle, mais aussi sur ses addictions. En raison de son sujet, le film aurait pu être sombre et torturé. Il est au contraire ensoleillé et doux, tendrement mélancolique et nimbé de couleurs vives. Antonio Banderas incarne magnifiquement l’alter ego d’Almodovar. Sa performance bouleversante lui a valu le prix d’interprétation au Festival de Cannes.

Diffusion sur ARTE le mercredi 6 mai à 21h

 

Sur Arte.tv du 1er mai au 31 juillet 2026

Femmes au bord de la crise de nerfs

C’est avec Femmes au bord de la crise de nerfs (Mujeres al borde de un ataque de nervios), son neuvième long métrage réalisé en 1988, que Pedro Almodóvar connait enfin son premier grand succès international et un début de reconnaissance critique. Celui qui passait encore pour un trublion potache de la movida malgré la beauté de films comme La Loi du désir ou Matador accède définitivement au statut de véritable auteur, et de grand cinéaste, capable de transcender un matériau en apparence trivial – parodie de soap opera ou de telenovela emportée par des interprètes survoltées – par la virtuosité de sa mise en scène, qui n’a rien à envier à celle du De Palma du début des années 80 ou du Fassbinder admirateur des mélodrames de Douglas Sirk et Michael Curtiz.

 

Talons aiguilles

Talons aiguilles, (Tacones lejanos, 1991) est le premier film où Pedro Almodóvar aborde de manière frontale les relations mère-fille, mélange de retrouvailles, de rivalité et d’amour inconditionnel. Ce thème reviendra de manière récurrente dans son cinéma, dédié aux femmes et à toutes les dimensions de la féminité. Marisa Paredes et Victoria Abril incarnent magnifiquement Becky, célèbre chanteuse pop des années 60 et sa fille Rebecca, malheureuse entre son mari et son amant.

Superbe mélodrame sur fond d’enquête policière, Talons aiguilles est un hommage aux films hollywoodiens de Douglas Sirk et d’Alfred Hitchcock.

Avec cette histoire pleine de chansons, de larmes et de passion, Almodóvar n’abandonne pas l’extravagance et les provocations des débuts de sa carrière. Ce mélange de glamour, de trivialité et de tragédie fait tout le prix du cinéma d’Almodóvar, qui propose sa propre relecture du cinéma classique américain et aussi des grands maîtres de la modernité européenne (Buñuel, Bergman, Antonioni).

Le film sera également diffusé sur ARTE le lundi 18 mai à 21h

 

En chair et en os (Carne trémula, 1997)

Le film noir selon Almodóvar, où il est bien sûr question de désir mais aussi de violences conjugales, de vengeance et de destins croisés. Le cinéaste signe un film virtuose, offrant à Javier Bardem l’un de ses premiers rôles importants.

« Comme quasi tous mes films, En chair et en os n’est pas facile à classer au niveau du genre. Je sais seulement qu’il s’agit du film le plus troublant que j’ai fait jusqu’à ce jour et qui m’a le plus troublé. […] En chair et en os est un drame intense, baroque et sensuel (totalement indépendant de la nouvelle de Ruth Rendell qui en fut l’inspiration) qui tient du thriller et de la tragédie classique. » (Pedro Almodóvar)

 

La Mauvaise Éducation

La Mauvaise Éducation (La mala educación, 2004) est un film très intime, qui se nourrit des souvenirs de Pedro Almodóvar à deux époques charnières de sa vie : le collège catholique dans les années 60 et les débuts de la « movida » madrilène en 1980. Le réalisateur brasse plusieurs récits, une mise en abyme et différentes temporalités avec une virtuosité folle. Il nous invite à un voyage à travers les souvenirs de deux amis marqués par un secret d’enfance, à une histoire de vampirisation dans les milieux du cinéma. Almodóvar réveille les démons de l’Espagne franquiste et affronte le tabou des abus sexuels dans le système de l’éducation nationale-catholique de l’époque. La folie, les passions et les drames de ses personnages nourrissent ce mélodrame sur les forces irrationnelles de l’amour et de la séduction. La Mauvaise Éducation a consacré l’acteur mexicain Gael Garcia Bernal, sensationnel dans un triple rôle, auprès du public international.

 

 

Volver

Volver est un film de la maturité pour Almodóvar qui aborde une nouvelle fois les thèmes du deuil, de la mort, du mensonge ou du secret, et principalement des relations mère fille, déclinées sur deux générations. Si le fond du film est très sombre, parcouru par le spectre de l’inceste et de la violence faite aux femmes, Almodóvar opte pour une esthétique solaire et situe Volver dans la province de la Mancha dont il est originaire. Volver est un retour aux sources, un hommage aux femmes de son enfance, et aux traditions de l’Espagne populaire, avec les rôles primordiaux que jouent la musique, la fête ou la nourriture comme liens sociaux et familiaux – une part de l’action de déroule dans un petit restaurant de quartier. On aurait tort de réduire l’univers de Pedro Almodóvar à un folklore coloré et kitsch qui s’enivre de sa fantaisie. Avec les années le cinéaste s’est détourné des provocations et des pastiches de ses débuts pour démontrer une virtuosité étourdissante dans l’art du récit. Volver parvient à raconter plusieurs destins de femmes intimement mêlés, dénouer différentes intrigues avec des éléments empruntés au cinéma criminel et fantastique – un cadavre à faire disparaître, un fantôme qui apparaît – sans jamais avoir recours à des facilités scénaristiques ou des conventions comme le retour en arrière ou la hors champ. Les dialogues parviennent à exposer, nourrir et résoudre les drames, tourments et incompréhensions qui déchirent les femmes d’une même famille, unies ou séparés par des actes odieux commis par des hommes. La mise en scène de Pedro Almodóvar est au diapason de la fluidité de son écriture. L’interprétation sensuelle et émouvante de Penélope Cruz et des actrices qui l’entourent, toutes admirables, donne une incarnation exceptionnelle à ce film qui s’inscrit dans la plus belle tradition du mélodrame et du « women’s picture » hollywoodiens, en y apportant un style et une forme qui n’appartiennent qu’au cinéaste.

Diffusion sur ARTE le mercredi 1er juillet à 21h

 

 

 

Catégories : Sur ARTE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *