Olivier Père

La Tarentule au ventre noir de Paolo Cavara

Le giallo est un sous-genre du cinéma criminel qu’on pourrait définir comme purement italien. En effet, il finit par ne plus entretenir que de lointaines ressemblances avec ses modèles avoués, le thriller hitchcocko-langien, mais aussi une tradition plus européenne du film à suspense avec Les Diaboliques de Clouzot, et les adaptations allemandes d’Edgar Wallace, pour exister par lui-même et proliférer durant une décennie (les années 1970) en reproduisant les sempiternelles énigmes et meurtres en série, dans une surenchère de violence sadique, d’érotisme morbide, d’inversion des clichés. Inventé par Mario Bava, exploité par Dario Argento, qui signa quelques films définitifs (L’Oiseau au plumage de cristal, Les Frissons de l’angoisse, Ténèbres), le giallo fut illustré par de nombreux artisans du cinéma bis qui s’engouffrèrent dans le filon, avec plus ou moins de succès et de talent. La Tarentule au ventre noir (La tarantola dal ventre nero, 1971) demeure l’une grande réussite du giallo. Paolo Cavara, cinéaste intrigant, a débuté dans le faux documentaire sensationnaliste (il est l’un des responsables de Mondo Cane aux côtés de Jacopetti et Prosperi) avant de se repentir en signant La Cible dans l’œil, œuvre bizarre qui dénonçait les méthodes de travail d’un reporter sans scrupules (film disponible dans le coffret Mondo de Potemkine). La Tarentule au ventre noir est son meilleur film, pour au moins trois raisons. Son scénario, auquel aurait collaboré Tonino Guerra sans être crédité, se situe largement au-dessus de la moyenne de ce type de productions. Certes l’intrigue ménage de beaux moments d’angoisse, et une collection de meurtres de femmes à l’arme blanche, dilatés dans l’atmosphère décadente de la jet-set romaine. Le cadre privilégié des gialli a toujours été le microcosme social de la bourgeoise, peuplé de personnages peu fréquentables, entre Antonioni et Chabrol. Mais le film possède la particularité, contrairement à la règle, d’accorder le rôle principal à un inspecteur de police, dont l’enquête piétine et qui doute de sa vocation. Une partie du film est consacrée à sa vie de couple, et à sa crise professionnelle. La Tarentule au ventre noir bénéficie d’une distribution exceptionnelle. L’excellent Giancarlo Giannini partage l’affiche avec quatre magnifiques actrices du cinéma européen de l’époque : Barbara Bouchet (qui joue la première victime), Barbara Bach, Claudine Auger et Stefania Sandrelli (dans le rôle de l’épouse du policier), qui rivalisent de sensualité. Quant à la musique d’Ennio Morricone, saturée de râles, de gémissements et de stridences, elle s’impose comme la bande originale la plus lascive jamais composée pour l’écran. Une fois de plus, Morricone insuffle sa véritable mise en scène au film, dont la photographie tire par ailleurs un remarquable profit d’intérieurs et de paysages urbains modernes.

 

Très belle édition collector chez Carlotta, avec des suppléments de qualités, pour un film devenu rare, pour la première fois en France en 4K UHD et blu-ray.

 

 

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