Olivier Père

Cycle Andrzej Wajda sur ARTE.tv

Cinéaste engagé dans la résistance antinazie dès son plus jeune âge, puis dans la critique du stalinisme et de la Pologne communiste, Andrzej Wajda (1926-2016) n’a cessé d’interroger le passé de son pays. « Polonais, ce n’est pas une nationalité, c’est un destin », affirmait-il. Hommage en quatre films à l’occasion du centenaire de sa naissance.

 

L’Homme de marbre (Człowiek z marmuru, 1977) est l’un des films les plus importants d’Andrzej Wajda, et par la même occasion du cinéma polonais. Le film retrace l’ascension puis la disgrâce d’un maçon stakhanoviste des années cinquante, Mateusz Birkut, à travers l’enquête d’une jeune réalisatrice de la télévision, Agnieszka. Wajda nous transporte ainsi d’une époque à l’autre, montant d’authentiques images documentaires, en composant lui-même d’autres, autour d’une trame principale, l’enquête d’Agnieszka, en 1976. L’Homme de marbre va au-delà de la dénonciation du stalinisme dans la Pologne de l’après-guerre. Il propose la psychanalyse d’un pays, la confrontation de deux temporalités. Il le fait par l’entremise d’un montage alterné et différentes natures d’images : vraies archives, fausses archives récréées par Wajda. On y voit aussi la reconstitution des années 1950 et style reportage pour la Pologne des années 1970. On est impressionné par l’énergie que déploie le film pour chercher la vérité sur l’effacement d’un homme et le réintégrer dans l’histoire. Palme d’or au Festival de Cannes en 1981, L’Homme de fer (Człowiek z żelaza) renouvelle l’exploit de L’Homme de marbre, dont il est la suite directe. Il raconte une page de l’histoire contemporaine de la Pologne, mise en perspective avec les luttes syndicales de 1970, réprimées dans le sang. Le film a été conçu dans l’urgence, à la demande des ouvriers en grève du chantier naval de Gdańsk, auquel Wajda était venu rendre visite. Ce film-enquête débordant d’énergie, brassant passé et présent, récit collectif et drames personnels. L’Homme de fer a été « tourné à chaud », au moment où le syndicat Solidarność, fondé par Lech Walesa, se battait pour sa reconnaissance officielle et réclamait des libertés démocratiques. Le film se révèle un cas assez exceptionnel d’œuvre historique au présent, où le cinéaste se fait le mémorialiste d’une actualité brûlante inscrite dans le récit ouvrier et syndicaliste de son pays.

En 2007, Wajda adapte le livre Post Mortem, l’histoire de Katyń d’Andrzej Mularczyk. 

Au printemps 1940, plus de 20 000 officiers et résistants polonais sont sommairement exécutés par l’Armée rouge dans la forêt de Katyn. Après la découverte des charniers, le massacre est attribué aux Nazis par la propagande stalinienne. Ce film vient briser le mur du silence. Andrzej Wajda, dont le père figurait parmi les victimes de Katyn, a attendu des années avant de filmer l’histoire d’un crime de masse, mais aussi d’un mensonge. La falsification de la vérité par le pouvoir communiste s’est prolongée jusqu’en 1990. Wajda présente le massacre du point de vue des vivants, c’est-à-dire du point de vue des épouses et des mères qui ont attendu des années avant de savoir ce qu’étaient devenus les prisonniers. Avec cette oeuvre puissante, le cinéaste clôt une série de films essentiels consacrés à la Seconde Guerre mondiale en Pologne, commencée avec Ils aimaient la vie / Kanal (Kanał, 1957), sur l’insurrection de Varsovie en 1944, et Cendres et Diamants (Popiół i diament, 1958), sur les luttes fratricides entre résistants nationalistes et communistes, après la capitulation officielle de l’Allemagne nazi en 1945.

 

Cendres et diamants, L’Homme de marbre et L’Homme de fer sont disponibles sur Arte.tv jusqu’au 31mai 2026.

Katyn est disponible sur Arte.tv jusqu’au 1er juin 2026.

 

 

Catégories : Sur ARTE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *