Olivier Père

Cannes 2021 Jour 10 : Titane de Julia Ducournau (compétition)

Le titre du second long métrage de Julia Ducournau, Titane, renvoie autant au métal blanc qui se trouve dans la tête de la petite Alexia après son accident de voiture qu’aux Titans, ces divinités primordiales de la mythologie grecque, géants qui ont précédé les dieux de l’Olympe. Alexia (la révélation Agathe Rousselle) et Vincent (Vincent Lindon dans une composition inédite) nous sont présentés par la réalisatrice comme des êtres transhumains, voire surhumains, aux corps et aux identités modifiés par diverses expériences-limites qui échappent à la raison. Le terme « cinéma de genre » peut s’entendre de deux manières différentes dans Titane : Genre et Gender. Il n’y a aucune pertinence à envisager le film de Julia Ducournau comme un nouvel avatar du cinéma fantastique francophone, tant Titane s’émancipe de toutes les règles. Il y a certes des éléments empruntés au « body horror », mais ce détour par le « gore » permet à la cinéaste de questionner l’identité physique et sexuelle de ses personnages, qui évolue tout au long du film. La métamorphose, qui est un thème majeur du cinéma depuis ses origines, est réinterprété dans Titane de manière très contemporaine, par le prisme de la fluidité sexuelle, et du dépassement des limites corporelles. Le film est travaillé par des obsessions personnelles mais il est aussi traversé par les préoccupations de l’époque. Ducournau pose un regard amoureux sur la monstruosité, avec tout ce qu’elle comporte de fascination et de répulsion, mais aussi d’espoir et d’invention. Son ambition vise à repousser les limites de la crédibilité et donc de l’imagination pour s’aventurer vers des territoires inexplorés, sur le plan du récit et de la représentation. Titane est une manifestation flamboyante de film-mutant, dont la forme est en perpétuelle évolution, au même titre que celle de ses deux protagonistes. Dans un film qui montre le corps dans tous ses états, les nombreuses séquences de danse expriment une forme de joie et de plaisir, à l’inverse de la douleur provoquée par la drogue, les transformations physiques et la violence. Le cœur de Titane ne concerne pas la relation femme-machine, ou humain-voiture, qui est plutôt un point de départ, mais la rencontre entre une femme-enfant psychopathe et un père de substitution, lui-même hanté par le fantôme d’un fils disparu. C’est le choc de deux folies, de deux solitudes et la naissance de l’amour que raconte le film. Au-delà de sa noirceur, Titane est l’histoire d’un itinéraire tortueux vers la réconciliation et la liberté. Sa conclusion laisse entrevoir la possibilité d’une utopie sentimentale et familiale, marquée par l’abolissement des lois sociales et morales et des frontières corporelles et sexuelles.  

 

Sortie le 14 juillet, distribué par Diaphana.

Agathe Rousselle © Bertrand Noël

Agathe Rousselle © Bertrand Noël

 

 

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

2 commentaires

  1. damien dit :

    Cher Olivier,
    Pas encore eu la possibilité de voir « Titane ». Dans votre analyse, vous écrivez « La métamorphose, qui est un thème majeur du cinéma depuis ses origines, est réinterprété dans Titane de manière très contemporaine, par le prisme de la fluidité sexuelle, et du dépassement des limites corporelles. »
    Pouvez-vous citer quelques films marquants qui illustrent, pour vous, ce thème majeur du cinéma qu’est la métamorphose ?
    Je trouve qu’il y a un changement entre ce qui se faisait dans le passé où l’humain se transformait essentiellement en animal tueur comme dans « la féline », « la mouche » et tous les films de loups-garous…et aujourd’hui, avec la prédominance de la transformation de l’humain en un humain tueur (nombreux films sur les zombies actuellement)
    Comment expliquez-vous ce phénomème sur les films de zombies ? Ils sont partout au cinéma et dans les jeux vidéos.
    Est-ce la simple satisfaction du désir morbide du spectateur de voir des meurtres d’autres êtres humains comme dans « Retour à zombieland » que je viens de voir ? (mis à part ça le scénario est très léger)

  2. Ballantrae dit :

    Le sentiment de déception domine à hauteur d’une attente sûrement trop grande.
    N’est pas Cronenberg ( versant chairs mutantes) ou Lynch ( recit schizophrène) qui veut…
    On sent que le film est pensé en moments, en scènes et non selon un continuum organique cohérent.
    Il aurait été intéressant de ne pas s’en tenir à des intentions de synopsis mais à leur actualisation decantee pour le grand écran.
    Reste un certain talent pour créer des ambiances, des sensations.
    J’aurais aimé aimer mais le miracle ne s’est pas produit.
    A Roussel et V Lindon se mettent pourtant sacrément en danger et donnent tout. Leur prestation me semble bien plus absolue que le film auquel ils l’offrent.
    Annette pour l’instant demeure ma Palme d’élection.

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