Olivier Père

Du rififi chez les hommes de Jules Dassin

ARTE diffuse en version restaurée Du rififi chez les hommes de Jules Dassin lundi 15 mars à 20h55. Contraint à l’exil européen par la liste noire de Hollywood, Jules Dassin s’installe à Paris au début des années 50 et connait une période de vaches maigres. Son premier film français sera Du rififi chez les hommes en 1955, l’adaptation d’un roman d’Auguste le Breton. Le réalisateur américain apporte à cette histoire de casse de la dernière chance pour un vieux gangster et ses complices la virtuosité et la densité tragique de ses meilleurs « films noir ». Il bénéficie d’une plus grande liberté de création que dans les studios hollywoodiens. Cinéaste des villes, Dassin s’approprie la capitale comme avant elle New York ou San Francisco. Il capte magnifiquement l’atmosphère urbaine de la nuit ou du petit matin, en tournant en décors naturels, dans les rues et les cafés parisiens. La conception du cinéma de Dassin n’a pourtant rien de réaliste. Elle dessine un univers mental, proche de l’onirisme, comme en témoigne la fameuse séquence totalement muette du cambriolage de la bijouterie, qui possède la précision et l’absurdité d’un rêve. Si la photo et la mise en scène du film sont magnifiques, ses interprètes ne sont pas pour rien à sa grande réussite. Inoubliable en Tony le Stéphanois, truand affaibli par la prison et tuberculose, Jean Servais trouve ici, au beau milieu de sa carrière, le rôle de sa vie. Sa voix et son visage fatigués, sa silhouette tragique hantent durablement le spectateur. Autour de lui gravitent des personnages pittoresques, joués par des « character actors » dignes de leurs homologues américains. Dassin lui-même s’attribue (sous le pseudonyme de Perlo Vita) un rôle pivot, celui du perceur de coffre-fort milanais réquisitionné pour le hold-up. On a également le plaisir de retrouver Magali Noël en artiste de cabaret qui interprète la chanson du film. La diffusion du Rififi chez les hommes permet de saluer la mémoire de Robert Hossein, décédé le 31 décembre 2020. A l’orée de sa longue carrière, l’acteur-réalisateur y campe un mémorable malfrat sadique et toxicomane, avec son intensité habituelle. La même année que le tournage du film de Dassin, il signait son premier film en tant que metteur en scène, d’après une pièce de son complice Frédéric Dard, Les salauds vont en enfer.

Du rififi chez les hommes est disponible en DVD et Blu-ray, édité par Gaumont.

 

 

 

 

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5 commentaires

  1. Lebigre dit :

    Admirable d’intensité !

  2. Nataf dit :

    Démodé mais captivant !!
    La nostalgie est au RV….

  3. Temps Bernard dit :

    Plus capable à notre époque de réaliser des films comme celui la, avec une atmosphère pareille, et tout les acteurs sont vraiment super,

  4. JICOP dit :

    Vraiment très bon ce polar , presque Melvillien dans son scénario et son traitement . Les dernières scènes sont vraiment superbes par leur caractère tragique . Servais est admirable , presque un mort en sursis , une figure que n’aurait pas renié l’homme au Stetson et qui rejoint le Delon du  » samourai  » ou du  » cercle rouge  » mais aussi plus étrangement ( quoique ) le Pacino de  » l’impasse  » de De Palma par son irrésistible cheminement vers un destin funeste .

    P.S : Rien à voir avec le Dassin mais j’ai vu , Olivier , que vous faisiez partie des bonus du  » Blob  » de Chuck Russell , série B que j’avais adoré à sa sortie durant mon adolescence . Hate de vous entendre à ce propos . Bien à vous .

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