Olivier Père

Le Monstre du train de Roger Spottiswoode et Le Bal de l’horreur de Paul Lynch

En 1978, La Nuit des masques (Halloween), petite production indépendante, obtient un succès phénoménal et lance la mode du « slasher ». Ce terme provient du verbe anglais « to slash » qui signifie « couper ou taillader avec un couteau ». Cette tendance du cinéma horrifique est confirmée deux ans plus tard par le triomphe au box-office de Vendredi 13 (Friday the 13th), un film qui n’arrive pas à la cheville de celui de John Carpenter mais reproduit un schéma à peu près identique : un tueur fou au visage masqué trucide des adolescents insouciants, de préférence à l’arme blanche. On ne comptera plus dans les années 80 les titres qui vont s’engouffrer dans la vague du « slasher », avec des résultats artistiques souvent médiocres, et un manque flagrant d’originalité.

Le Monstre du train (Terror Train) et Le Bal de l’horreur (Prom Night) possèdent la particularité d’avoir été tournés la même année, 1980, et d’employer Jamie Lee Curtis dans le rôle féminin principal. Cette dernière, révélée à l’âge de vingt ans dans La Nuit des masques de Carpenter, éprouve alors du mal à s’extraire de son image de nouvelle « scream queen », éternelle victime pourchassée par un assassin psychopathe. Les offres ne se bousculent pas pour la jeune actrice qui devra attendre encore quelques années avant de s’imposer comme une vedette hollywoodienne, aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame. Pour l’instant, Jamie Lee Curtis accepte de rempiler dans la suite d’Halloween, supervisée mais pas réalisée par John Carpenter, et dans Fog, pour un rôle secondaire qui ne lui était pas initialement destiné.

Le manque de propositions intéressantes l’incite à accepter d’apparaître dans ces deux « slashers » qui sont clairement des imitations du film de Carpenter, et comptent sur sa présence au générique pour attirer les amateurs de La Nuit des masques.

Le Monstre du train et Le Bal de l’horreur ont un autre point en commun. Ce sont des productions canadiennes. Les tournages au Canada sont moins coûteux qu’aux États-Unis, et des coproductions américaines se tournent au Canada pour bénéficier d’avantages fiscaux. Ces films emploient fréquemment des talents venus de Hollywood, et en général le marché international n’y voit que du feu. Le réalisateur du Monstre du train, Roger Spottiswoode, est né à Ottawa mais il a surtout travaillé à Hollywood. Connu pour être le monteur de deux chefs-d’œuvre de Sam Peckinpah, Les Chiens de paille et Pat Garrett et Billy le Kid, ainsi que du Flambeur de Karel Reisz et du Bagarreur de Walter Hill, Le Monstre du train marque ses débuts à la mise en scène. Spottiswoode se spécialisera ensuite dans le cinéma d’action, d’abord aux commandes de gros budgets puis relégué à des productions plus modestes, souvent destinées à la télévision ou au marché de la vidéo. Le film conte l’histoire d’une vengeance meurtrière – des étudiants en médecine sont punis pour avoir commis une blague de très mauvais goût à leur souffre-douleur – et possède la particularité de se dérouler presque exclusivement dans un train à vapeur, lors d’un réveillon costumé. Les déguisements du groupe d’amis et les numéros d’un prestidigitateur engagé pour la nuit favorisent l’infiltration et la dissimulation de l’assassin parmi les invités. La révélation finale est suffisamment troublante pour conférer au Monstre du train un intérêt supérieur à la plupart des sous-produits du « slasher ». Le film bénéficie d’une magnifique photographie nocturne et brumeuse de John Alcott, qui venait d’éclairer Shining de Stanley Kubrick. On a aussi le plaisir d’y retrouver Ben Johnson, vétéran des westerns de John Ford, dans le rôle du conducteur de train.

Sans surprise, il est également question de vengeance, de tueur masqué et de fête estudiantine dans Le Bal de l’horreur. Comme Le Monstre du train, le film débute par un prologue macabre. Des enfants provoquent la mort d’une fillette lors d’une partie de cache-cache. Sous l’impulsion d’une petite meneuse, le groupe préfère garder le silence, sans savoir qu’un témoin a assisté à la scène. Dix ans plus tard, les coupables seront assassinés les uns après les autres, lors du bal du lycée dont le proviseur (Leslie Nielsen) est le père de la victime. Le film fonctionne comme un « whodunit » classique. Le scénario accumule les fausses pistes et les coupables potentiels, même les plus improbables – le concierge de l’école excitée par les lycéennes. Le film du britannique Paul Lynch ne se contente pas de s’inspirer de La Nuit des masques : il pille également Carrie au bal du diable et louche sur la mode disco popularisée au cinéma par La Fièvre du samedi soir. Jamie Lee Curtis hérite d’un rôle où elle n’a pas grand-chose à faire, à l’exception d’une chorégraphie disco approximative sur la piste de danse. Sur le plan visuel et narratif, Le Bal de l’horreur est plus faible que Le Monstre du train. Ce fut pourtant une opération lucrative qui engendra trois suites et un remake.

Le Monstre du train et Le Bal de l’horreur sont disponible en combo DVD et Blu-ray, édités par Rimini.

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