Olivier Père

Bataille sans merci de Raoul Walsh

ARTE diffuse lundi 1er juin à 20h55 Bataille sans merci (Gun Fury, 1953) de Raoul Walsh.

Bataille sans merci fait partie des westerns où le « méchant » est un personnage beaucoup complexe et intéressant que le héros. C’est d’ailleurs lui qui est introduit dès la première séquence du film, même s’il apparaît d’abord sous une fausse identité, tandis que son adversaire connaîtra une entrée différée dans le récit. Bataille sans merci se déroule au lendemain de la fin de la guerre civile américaine. Frank Slayton (interprété par Phil Carey) appartient au camp des vaincus. Engagé dans l’armée confédérée, il est devenu comme d’autres soldats sudistes un bandit. Comme il le dit à un moment du film, il a préféré rejoindre les rangs des voleurs plutôt que ceux des infirmes et des lâches. Pourtant Slayton n’est pas envisagé comme une figure romantique. Il est bientôt évident que le prestige de la défaite lui sert d’alibi pour se livrer à des exactions brutales, en pillant tuant et violant. Slayton est présenté comme un dominateur sadique, qui exerce régulièrement sa violence sur les femmes, séduites ou kidnappées.

C’est l’évocation de leur Sud natal et de l’incendie d’Atlanta qui éveille l’intérêt de Slayton pour Jennifer Ballard (Donna Reed), en route pour l’Arizona où l’attend son fiancé Ben (Rock Hudson). Le séducteur Slayton semble considérer la jeune femme comme une égale, en raison de sa distinction sudiste. La suite du film nous révèlera la véritable nature de ses intentions, celle d’un prédateur. Slayton enlève Jennifer lors d’une attaque de diligence et tente de rejoindre le Mexique avec sa bande. Le film devient une traque à travers de paysages grandioses. Ben et deux comparses – dont un Indien qui veut venger sa sœur violée et tuée par Slayton – se lancent à la poursuite des brigands, avec l’espoir de sauver Jennifer des griffes de son agresseur.

Bataille sans merci nous rappelle que les films de Walsh sont des histoires de désir, parfois sous ses formes les plus sauvages. Au désir néfaste de Slayton s’oppose celui de Ben, lui aussi ancien soldat sudiste, mais résolu à ne plus employer la force après son expérience des horreurs de la guerre. Le film décline alors des thèmes fondateurs du western, la loi du talion, la violence, la lutte du bien (civilisation, reconstruction du pays) contre le mal (barbarie). Walsh signe un beau western en Technicolor, avec le sens de l’action qu’on lui connait. Le film fut tourné en 3D, quand Hollywood avait décidé d’employer ce procédé pour lutter contre la concurrence de la télévision. On peut aujourd’hui se contenter de la version « plate », et repérer facilement les quelques moments conçus pour le « relief ».

 

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3 commentaires

  1. MB dit :

    J’ai découvert ce film au Cinémé de Minuit de Brion il y a à peine un an, j’étais surpris car on le considère comme un film mineur sutout par le peu de commentaires qu’il a inspiré. En effet, Phil Carey fait 50% de l’intérêt du film, c’est un très bon acteur (avis partagé par Jeremy Fox de Dvdclassik). Donna Reed dans un western ne paraîtra jamais sous employée, et le film fonce à 100 à l’heure, impossible de s’y ennuyer.

    • Olivier Père dit :

      C’est vrai que Gun Fury est considéré comme mineur dans la filmographie de Walsh, riche en chefs-d’oeuvre. Mais cela reste un excellent, et passionnant western.

  2. Frederic Camus dit :

    Bonjour Olivier,

    j’en profite pour conseiller opportunément la lecture de l’autobiographie de Walsh, Un Demi-siècle à Hollywood, à la fois très riche, drôle et sincère, avant d’enchaîner, forcément, sur celle d’Errol Flynn, stupidement intitulée Mes 400 Coups, certainement ce qui se fait mieux dans le genre -)

    FC

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