Olivier Père

Halloween III, le sang du sorcier de Tommy Lee Wallace

Halloween III, le sang du sorcier (Halloween III: Season of the Witch, 1983) est le seul film de la saga Halloween qui n’a rien à voir avec Michael Myers ou les autres personnages de La Nuit des masques. Il s’agit du premier long métrage de Tommy Lee Wallace, proche collaborateur de Carpenter au début de sa carrière – il fut notamment monteur de La Nuit des masques et de Fog. L’idée de départ de Carpenter et ses associés était de s’écarter du film inaugural pour imaginer une histoire indépendante autour des fêtes d’Halloween, et éventuellement créer une collection fantastique qui s’enrichirait chaque année d’un nouveau long métrage. L’échec commercial du film de Tommy Lee Wallace a mis un terme à ce projet, et a souligné l’imprudence d’avoir conçu un épisode d’Halloween sans la silhouette menaçante du croquemitaine Michael Myers, devenu très rapidement une icône du cinéma d’horreur contemporain. Cela n’enlève rien aux qualités du film de Tommy Lee Wallace, qui demeure un titre à réévaluer parmi les nombreux films fantastiques américains des années 80. On doit l’originalité du concept d’Halloween III, le sang du sorcier à John Carpenter, Tommy Lee Wallace mais surtout Nigel Kneale, scénariste britannique célèbre pour avoir créé la série télévisée Quatermass à la BBC dans les années 50. Admiré par Carpenter, Kneale est invité à écrire ce nouvel opus qui entend explorer une autre dimension d’Halloween : ses racines celtiques, ses liens lointains avec la sorcellerie et les sacrifices humains. Kneale imagine une fabrique de masques implantée dans un petite ville de Californie dont le propriétaire, un Irlandais adepte de rites druidiques et de robotique, a planifié la destruction de la jeunesse américaine le soir d’Halloween. Kneale refusera d’être crédité au générique en raison des modifications que subira son scénario, jugé trop sombre par ses commanditaires. Il n’empêche que la personnalité du scénariste transparaît dans les péripéties du film, auxquelles Wallace a ajouté des touches d’humour noir et de violence graphique. L’ambiance paranoïaque d’Halloween III, le sang du sorcier n’est pas non plus sans évoquer L’Invasion des profanateurs de sépultures de Jack Finney et ses différentes adaptations cinématographiques. Le grand sorcier est à la tête d’une armée de robots humanoïdes qui exécutent froidement ses ordres criminels. La particularité du film est d’associer les mythologies celtiques à la technologie moderne, avec l’angoisse du contrôle et de la manipulation des images télévisées, susceptibles d’envoyer des signaux mortels, qui l’on retrouve dans d’autres films de la même période, comme Looker de Michael Crichton ou Videodrome de David Cronenberg. A la place des images publicitaires ou pornographiques, c’est le mercantilisme de la fête d’Halloween, encore inconnu en France au moment de la sortie du film, qui est présenté comme un piège capable de se refermer sur des victimes consommatrices, ici les enfants amateurs de masques et de déguisements. Ces éléments satiriques – le projet avait été au départ confié à Joe Dante – ne nuisent pas à l’efficacité du film, qui réserve de beaux moments atmosphériques et des scènes d’horreur mémorables, assez malsaines dans leur description de visages défigurés ou de corps démembrés. Halloween III, le sang du sorcier est le meilleur film de John Carpenter qui ne soit pas réalisé par John Carpenter.

 

Halloween III, le sang du sorcier de Tommy Lee Wallace est disponible en combo DVD et Blu-ray, édité par Le Chat qui fume.

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Un commentaire

  1. Félix dit :

    J’ignorais le rôle joué par Nigel Kneale dans l’élaboration de ce film. Intéressant. Et, comme vous le dites, un des meilleurs films de Carpenter sans Carpenter derrière la caméra.

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