Olivier Père

Les Professionnels de Richard Brooks

ARTE diffuse Les Professionnels (The Professionals, 1966) mardi 31 décembre à 20h50, suivi d’un documentaire inédit de Emmanuelle Nobecourt, Claudia Cardinale, la créature du secret. Le film de Richard Brooks demeure en effet l’un des titres marquants de la brève carrière hollywoodienne de l’actrice italo-tunisienne dans les années 60, aux côtés de La Panthère rose de Blake Edwards. La beauté sauvage et sensuelle de Claudia resplendit dans ce film d’aventures qui lui offre le rôle d’une jeune Mexicaine mariée à riche magnat texan, censée être sauvée de son ravisseur par un commando de mercenaires, avant qu’un retournement de situation ne rétablisse la vérité sur les sentiments de la fougueuse prisonnière.

Le western de Richard Brooks, dont l’action se déroule au Mexique en 1917, peut être considéré comme un titre intermédiaire entre Vera Cruz (1954) de Robert Aldrich et La Horde sauvage (1969) de Sam Peckinpah. Le film d’Aldrich fut l’un des premiers westerns à mettre en scène dans les rôles principaux des aventuriers cyniques et sans scrupules, tandis que celui de Peckinpah prenait la forme d’un requiem sanglant où des antihéros vieillissants s’acheminaient lentement vers la mort. Brooks dépeint quant à lui des hommes désillusionnés prêts à risquer leur vie pour un cause incertaine, motivés par l’appât du gain, dans un contexte historique bien précis. Le chef des professionnels, Fardan (Lee Marvin), est un ancien soldat de Theodore Roosevelt et de Pancho Villa qui a offert ses services à la révolution mexicaine avant d’accepter de combattre l’un de ses camarades. Scénariste et cinéaste aux convictions progressistes affichées dans plusieurs de ses films, Richard Brooks signe une sorte de « sur-western » à grand spectacle qui est aussi un commentaire critique sur la politique étrangère du gouvernement américain. Brooks dénonce dans Les Professionnels un dévoiement de l’interventionnisme des États-Unis dans le monde, libérateur de 1936 à 1945, impérialiste depuis 1961 avec la crise de la Baie-Des cochons, Saint-Domingue et le début de la Guerre du Vietnam. La manière dont les quatre hommes sont manipulés pour exécuter un chef révolutionnaire au Mexique rappelle les opérations de déstabilisation de la CIA en Amérique Latine. L’optimisme du film de Brooks, sa vitalité détonnent par rapport au film de Peckinpah qui, à peine trois ans plus tard, balaiera de nombreuses conventions hollywoodiennes et laissera exploser une rage nihiliste inédite dans un western.

 

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3 commentaires

  1. Damien dit :

    Bonjour Olivier,
    Quand Arte fait une soirée film de fiction suivi d’un documentaire en lien avec le film de fiction, est ce que Arte Cinéma que vous dirigez est a l’origine et/ou producteur du documentaire ? ou alors tout se fait dans le département documentaire de Arte ? Merci pour votre réponse

    • Olivier Père dit :

      Ce sont les unités chargées des documentaires cinéma (Société et culture ou art et spectacle) qui sont à l’origine des documentaires. En concertation avec eux nous choisissons un film capable de l’accompagner à l’antenne quand c’est possible.

  2. Damien dit :

    D’accord merci !

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