Olivier Père

L’avventura de Michelangelo Antonioni

Tandis que le cycle consacré au cinéma italien se poursuit durant tout l’été sur l’antenne d’ARTE, ARTE.tv enrichit cette programmation de trois titres incontournables disponibles gratuitement sur le site jusqu’au 31 août : L’avventura de Michelangelo Antonioni (1960), La viaccia de Mauro Bolognini (1961) et Main basse sur la ville (1963) de Francesco Rosi.

L’avventura occupe dans l’œuvre d’Antonioni la même place que La dolce vita dans celle de Fellini. C’est un geste de rupture, une avancée vers des territoires cinématographiques inexplorés, plus radical encore que l’expérience de Fellini qui prend la forme d’un « trip » excitant et ménage aux spectateurs quelques repères et signes de reconnaissance. Ici le scénario classique se dérègle très vite. Construit autour du vide, soit la disparition prématurée et définitive d’un de ses personnages principaux, une jeune femme en villégiature dans les îles Éoliennes avec un groupe d’amis fortunés, L’avventura emprunte d’abord les poncifs du drame mondain (voire du roman-photo), puis de l’intrigue policière, pour s’en détacher totalement. Cette démarche esthétique était déjà à l’œuvre dans les précédents films d’Antonioni – Chronique d’un amour et son enquête désamorcée – mais elle s’opère ici d’une manière beaucoup plus affirmée. Plus proche de la peinture que du roman classique, le cinéma d’Antonioni part à la recherche de la sensation pure, scrute les affects de ses héroïnes, la faiblesse morale et sensuelle de ses personnages masculins, en se débarrassant progressivement des dialogues. L’avventura constitue une étape décisive d’Antonioni vers un cinéma qui dépasse la psychologie et le réalisme pour parler du monde visible (la modernisation de la société italienne, la mutation de l’environnement, la crise du couple) et invisible (la névrose féminine) par des plans à la frontière de l’abstraction. L’avventura engage également un dialogue aussi secret que fécond entre l’œuvre d’Antonioni et celle d’Hitchcock. Il n’aura pas suffi qu’une femme disparaisse subitement d’un film pour que naisse le cinéma moderne. Un film aux antipodes de celui d’Antonioni allait pourtant le rejoindre par la radicalité de sa mise en scène. La même année que L’avventura, Hitchcock procède lui aussi à l’élimination de son héroïne au cours du récit, de manière plus brutale mais de façon tout aussi inattendue. Psychose, l’autre grand film expérimental de 1960, venait à son tour de redéfinir la notion de personnage et le rapport du spectateur avec l’histoire qui lui est contée.

L'avventura

Monica Vitti dans L’avventura de Michelangelo Antonioni

 

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