Olivier Père

Varda par Agnès de Agnès Varda

Dans le cadre de sa soirée lundi 18 mars en hommage à Agnès Varda (avec deux films) ARTE diffuse à 22h40 l’essai documentaire inédit Varda par Agnès dévoilé lors de la Berlinale, où la cinéaste française a reçu un Ours d’or pour l’ensemble de sa carrière. Le documentaire est divisé en deux parties. Elles coïncident avec le XXème et le XXIème siècle, et avec le glissement de Varda du cinéma vers les arts visuels, du 35mm aux petites caméras numériques. A partir des années 2000, Varda renonce aux films de fiction, signe un magnifique documentaire (Les Glaneurs et la Glaneuse) et conçoit de nombreuses installations. Dans cette nouvelle pratique de l’art vidéo se rejoignent ses premières amours de la photographie et des dispositifs scéniques qui dépassent le cadre de la salle de projection tout en préservant les liens étroits qui unissent l’œuvre à ses spectateurs. Inspiration, création, partage. Ce sont les maîtres mots du travail artistique de Varda, ciselant de films en films une « cinécriture » avec laquelle elle appréhende aussi bien la fiction que le documentaire, sans jamais établir de frontières imperméables entre les deux. C’est justement cette perméabilité qui lui permet d’inviter le monde, la société, les « vrais gens » comme elle les appelle dans des films écrits et conçus du côté de la fiction, et d’imaginer des documentaires qui sont avant tout des œuvres poétiques, où le souci de la forme juste et le goût de la beauté viennent enchanter le réel. Varda a réussi l’exploit de (souvent) parler d’elle et de (toujours) s’intéresser aux autres, à l’intérieur du même film. Ce cinéma de l’intime n’est jamais autocentré. L’autoportrait est le point de départ qui permet d’arriver à des sujets beaucoup plus généraux, à des combats (le féminisme) ou à des expériences de vies heureuses ou douloureuses. Le documentaire s’articule autour de plusieurs « causeries » enregistrées en divers lieux. Le dispositif est simple, mais il souligne la place que tient le spectateur dans le travail de Varda. La cinéaste a souhaité s’exprimer devant différents auditoires, car sa parole est toujours un échange. Elle avoue l’angoisse de la salle vide, le besoin d’adresser ses films – ou ses œuvres visuelles – au plus large public possible. Cela lui permet d’évoquer ses grands succès (Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi…) et ses échecs (son film hommage et collage réalisé pour le centenaire du cinéma, qui lui fermera paradoxalement les portes de la fiction). Varda par Agnès, c’est aussi et surtout une leçon de cinéma, dans laquelle Varda explique le passage du temps de Cléo de 5 à 7, les travellings musicaux de Sans toit ni loi, l’utilisation de la couleur dans Le Bonheur ou les trois niveaux d’images de Jacquot de Nantes. Avec clarté et précision, elle délivre un mode d’emploi qui est celui de la liberté et de la fantaisie. Au sein d’une œuvre protéiforme marquée par une curiosité tous azimuts, des lignes de force se dessinent. Agnès Varda aime les plages, comme des pages blanches sur lesquelles son imagination vagabonde. La mort s’invite plus que de raison dans l’œuvre de Varda, dont le caractère joyeux, l’humour surréaliste n’effacent pas les plages de tristesse. Comme chez Max Ophuls, comme chez Jacques Demy, le bonheur n’est pas gai chez Varda. Varda par Agnès est un voyage à travers le cinéma, la mémoire et la vie (bien remplis) d’une femme qui a souhaité mettre en scène ses adieux, consacrer ses ultimes parcelles d’énergie à un legs artistique à la valeur inestimable. Son « je vous quitte » qui clôt Varda par Agnès n’a pas fini de nous bouleverser.

 

Les trois films de la soirée seront également accessibles gratuitement en télévision de rattrapage sur ARTE.tv. Varda par Agnès sera disponible à la vente en DVD à partir du 18 mars, chez ARTE Éditions.

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