Olivier Père

La Cérémonie de Claude Chabrol

Dans le cadre de son cycle Claude Chabrol ARTE rediffuse La Cérémonie (1995) dimanche 17 février à 20h50. Le film sera suivi d’un documentaire inédit, Chabrol l’anticonformiste, réalisé par Pascal Lahmani et Cécile Maistre-Chabrol.

La Cérémonie est un grand Chabrol des années 90 dans lequel le cinéaste explore ses chères thématiques (le crime, la bourgeoisie, la culpabilité) pour les enrichir de perspectives socio-politiques.

Les Lelièvre, une famille bourgeoise embauche Sophie (Sandrine Bonnaire), une nouvelle bonne, qui dissimule son analphabétisme à ses patrons. La jeune femme devient l’amie de Jeanne (Isabelle Huppert), la postière du village. Les deux complices possèdent le point commun d’avoir été jadis soupçonnées de meurtre et relaxées fautes de preuves. Sophie découvre que la fille de ses employeurs est enceinte et décide de la faire chanter. Mais son plan échoue et elle perd son poste. Une nuit, Sophie et Jeanne pénètrent dans le manoir des Lelièvre et assassinent la famille au complet réunie devant la télévision…

La Cérémonie perpétue la longue série de chroniques criminelles situées dans la tranquille province de France et qui a inspiré à Chabrol, dans les années 70, ses meilleurs films. Une fois de plus, Chabrol épingle l’hypocrisie des grands bourgeois et les limites étroites de leurs principes humanistes. Mais tandis que les chefs-d’œuvre de Chabrol étudiaient la bourgeoisie comme un monde clos dans lequel le moindre dérèglement interne est vite neutralisé, c’est ici l’intrusion d’un élément étranger, c’est-à-dire une illettrée issue d’un milieu défavorisée, qui va déclencher le chaos. Lorsque Chabrol présente dans le dossier de presse La Cérémonie comme « le dernier film marxiste », on a le droit d’y voir une boutade publicitaire destinée aux journalistes friands de raccourci. Il serait d’ailleurs inexact de réduire La Cérémonie à une allégorie de la lutte de classes, même si le film n’est pas exempt de préoccupations politiques, tant le cinéaste ménage l’opacité psychologique des deux meurtrières, magnifiquement interprétées par Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert.

Isabelle Huppert dans La Cérémonie de Claude Chabrol

Isabelle Huppert dans La Cérémonie de Claude Chabrol

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Un commentaire

  1. Julie-Marie BERLON / Nicolas DA FONSECA RODRIGUES dit :

    Ce film nous a plu, malgré un début qui nous a semblé assez long, mais cela nous a quand même permis de comprendre la psychologie des personnages, tels que Catherine Lellièvre, semblant avoir une phobie des tâches ménagères , expliquant le fait qu’elle ne veut absolument pas que Sophie parte de la maison, comme une sorte de sacrilège ; ou encore celui de Jeanne et de Sophie, apparaissant comme des enfants, que ce soit dans leur style vestimentaire (nattes, pull à fleurs, jupe à carreaux, …) ou dans leur attitude (elles rient lorsque des sujets sérieux sont évoqués, saccagent la garde-robe des patrons de Sophie, juste avant le meurtre).

    Le meurtre de toute la famille Lellièvre à la fin du film, nous est apparu comme une chute étonnante puisque, comme nous l’avons dit précédemment, Sophie et Jeanne apparaissent comme des êtres enfantins, et que malgré leurs antécédents, ils nous semblent incapables d’imaginer qu’elle puisse commettre un tel massacre. Cette scène nous rappelle une autre, extraite du film Martyrs de Pascal Laugier, puisqu’au début du film, une famille est décimée par une jeune fille, qui a l’air tout aussi innocente, et elle aussi tire avec un fusil de chasse.
    Le personnage de Sophie est assez complexe car elle ne semble dotée d’aucunes émotions, répétant tout le temps les mêmes expressions (« Si vous voulez » « J’ai compris » « Je sais pas » « Oui, peut-être »), comme une sorte de robot.

    Pour finir, ce film peut proposer différents messages cachés, que ce soit par rapport aux inégalités entre les Lellièvre et Jeanne et Sophie (styles de vie, …), les différents choix de plans, les dangers par rapport à la télévision, … Ce film apparaît à la fois simple et complexe : simple par rapport à la mise en image (les plans ne sont pas très complexes), les décors, le fait qu’il se passe dans la vie de tous les jours, … mais complexe par rapport à la personnalité de ses personnages.

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