Olivier Père

Premier de cordée de Louis Daquin

Pathé nous permet de découvrir en blu-ray ce beau film de Louis Daquin, dans une version restaurée qui rend hommage aux prises de vues de Philippe Agostini, talentueux directeur de la photographie qui éclaira plusieurs chefs-d’œuvre du cinéma français des années 30, 40 et 50, signés Robert Bresson, Jean Grémillon, Marcel Carné, Max Ophuls ou Claude Autant-Lara. Premier de cordée (1944) impressionne encore aujourd’hui pour la beauté de ses images, condition de la réussite de tout film de montagne qui se respecte. Le générique certifie que l’intégralité du tournage se déroula sur les lieux de l’action, et que le film n’a bénéficié d’aucun trucage pour relater les ascensions périlleuses montrées à l’écran. Il est néanmoins possible que quelques plans de raccord aient été tournés en studio, mais cela n’enlève rien au mérite des opérateurs et de l’équipe de Louis Daquin. Réalisé en été 43 dans le Massif du Mont-Blanc, Premier de cordée est l’adaptation du roman éponyme de Roger Frison-Roche, paru en France l’année précédente. Le film comme le livre s’intéressent à une famille d’alpinistes à Chamonix. Un conflit éclate entre le père et le fils au sujet de la vocation de ce dernier. Pierre Servettaz veut devenir guide de montagne mais son père, proche de la retraite, le met en garde contre les risques et les dangers d’une telle profession. Après une tentative de reconversion forcée dans l’hôtellerie, la passion des sommets sera la plus forte, et un épisode dramatique permettra à Pierre – en proie à des vertiges depuis un accident de montagne – à vaincre ses peurs et répondre à l’appel des cimes. Sans grande vedette mais interprétés par de solides comédiens – et Daquin donne la part belle à des seconds rôles pittoresques – Premier de cordée parvient à dépasser certaines conventions de scénario grâce au réalisme et à l’originalité de son contexte, sans oublier plusieurs belles scènes spectaculaires, dans lesquelles Daquin renonce à la moindre emphase dramatique, et aux artifices sonores ou musicaux. Louis Daquin a réalisé plusieurs longs métrages pendant l’Occupation, alors qu’il était engagé dans la Résistance (comme Frison-Roche) avec le Parti Communiste Français. Plusieurs films ont vanté sous le régime de Vichy le retour à la terre, les valeurs familiales et les vertus de la vie au grand air. Ce pourrait être le cas de Premier de cordée, qui exalte le courage, la solidarité et le sacrifice de soi. Mais il est aisé d’y voir au contraire un hymne discret à la résistance et à la lutte contre toute forme d’oppression et d’entrave à la liberté.

 

Premier de cordée de Louis Daquin sortira en combo DVD/Blu-ray le 13 juin 2018, édité par Pathé.

Premier de cordée de Louis Daquin

Premier de cordée de Louis Daquin

 

 

Catégories : Actualités

5 commentaires

  1. Sawyer dit :

    En classe de troisième, la professeur de français nous avait fait étudier « Premier de cordée » de Roger Frisson-Roche.
    Un bon souvenir ?
    Euh… non.
    Bon, cela dit, les élèves ont tendance à rechigner devant les livres qu’on leur fait étudier à l’école (quelle que soit leur qualité, d’ailleurs).
    Je tiens à préciser que je n’avais pas couché avec ma professeur de français (comme Emmanuel Macron, par exemple) : je ne suis pas gérontophile.
    PS : Sur le sujet de la montagne (et d’un cadavre à récupérer), Hitchcock a tourné dans le cadre de sa série, « Alfred Hitchock présente », un pur joyau : « The Crystal Trench » (« La tranchée de cristal »), une sorte de « Vertigo » miniature (l’histoire est très différente, mais on y retrouve le mêmes thème central : l’amour obsessionnel limite nécrophile qui va gâcher la vie des protagonistes… En revanche, il n’est pas question de vertige dans l’épisode, ni d’une femme qui en évoquerait une autre).
    A mes yeux, le plus beau film qu’il ait tourné pour la télévision.

  2. Flippant dit :

    Est-ce une manière de nous dire que vous avez voté (2 fois) Manu Macron ?

    (j’attends votre réponse le doit sur la gâchette = faites pas le con !)

    • olivierpere dit :

      La sortie en blu-ray de ce film bien oublié prend en effet une coloration politique inattendue en raison de déclarations récentes. Le hasard des calendriers sans doute. J’avoue que je n’y ai pensé que tardivement, après avoir vu le film.

  3. Un admirateur secret dit :

    Bonjour monsieur Père,

    Vous considérez-vous comme un premier de cordée dans le domaine bien spécifique des passeurs de cinéma, des transmetteurs de péloche ?

    Un indice de réponse : pour moi, clairement, oui, vous êtes tout là-haut.

    Merci.

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