Olivier Père

Cannes 2018 : quatre films ARTE au palmarès de la compétition officielle

Engagée à soutenir le cinéma d’auteur contemporain, ARTE se réjouit des nombreux prix obtenus par des films du monde entier qu’elle a accompagnés lors de cette 71ème édition du Festival de Cannes. ARTE remercie et félicite les réalisatrices et réalisateurs ainsi que tous les talents et les équipes de production qui ont contribué à ce succès.

Sélection officielle 

Palme d’or spéciale : Jean-Luc Godard pour Le Livre d’image.

Prix de la mise en scène : Pawel Pawlikowski pour Cold War (Zimna wojna).

Prix ex-aequo du scénario : Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice)

Prix d’interprétation féminine : Samal Yeslyamova pour Ayka de Sergei Dvortsevoy

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Quinzaine des Réalisateurs 

Art Cinema Award (décerné par des représentants de la critique internationale) : Climax de Gaspar Noé.

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L’œil d’or du documentaire (décerné par la Scam et l’INA en partenariat avec le Festival de Cannes) : Samouni Road de Stefano Savona.

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Le Livre d’image de Jean-Luc Godard

La création d’une Palme spéciale pour Jean-Luc Godard et son magnifique Livre d’image continue de souligner l’admiration qu’inspire le vieil ermite de Rolle et en même temps l’incapacité des jurés à juger son film parmi les autres et comme les autres, lui réservant une distinction honorifique qui salue, on le devine, autant sa place dans l’histoire du cinéma et son immense contribution à l’art cinématographique que les qualités intrinsèques de son dernier opus, terrassant d’inventivité et d’émotion. Nous rêvions à la récompense ultime pour Alice Rohrwacher et son Heureux comme Lazzaro. La cinéaste italienne aurait pu devenir la deuxième femme en soixante-et-onze éditions du Festival de Cannes, à remporter la Palme d’or, après Jane Campion et La Leçon de piano. Heureux comme Lazzaro procure un enchantement magique et même s’il doit se contenter du prix du scénario, pas indigne mais insuffisant eu égard à ses aspirations poétiques, gageons que le public saura fêter cette fable politique et humaniste qui appréhende la violence sociale de notre époque avec une grâce et un regards inhabituels.

Pawel Pawlikowski remporte le prix de la mise en scène pour Cold War, promis à un grand succès international si l’on en croit les premières réactions du public et de la critique à Cannes. Le film aurait également pu prétendre au prix d’interprétation féminine pour Joanna Kulig, jeune actrice polonaise dont le festival est tombé amoureux, et dont le tempérament de feu et la sensualité semblent inséparables du personnage de chanteuse passionnée qu’elle incarne à l’écran.

Avec sa volonté de renouvellement et d’audace, finalement peu visible dans les résultats du palmarès, la compétition s’est révélé d’un très bon niveau cette année, avec de nombreux films enthousiasmants, signés par des grands maîtres ou des nouveaux venus, habitués ou néophytes des ors cannois. Le manque de temps nous a empêché de rendre compte de tous les films que nous avons vus et aimés, mais nous tacherons d’écrire sur les plus belles découvertes de ce festival au moment de leurs sorties en salles. Parmi les oubliés du palmarès on regrettera surtout l’absence des Eternels de Jia Zhangke et de son admirable héroïne interprétée par Zhao Tao, du magistral Burning de Lee Chang-dong, du séduisant et mélancolique Leto (L’Eté) de Kirill Serebrennikov, du nouveau chef-d’œuvre de Nuri Bilge Ceylan Le Poirier sauvage, de l’un des plus grands films du festival, présenté hors compétition, The House That Jack Built de Lars von Trier… Il faudrait aussi citer quelques merveilles montrées dans les sections parallèles, en particulier l’impressionnant Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan (Un Certain Regard) et Climax de Gaspar Noé (Quinzaine des Réalisateurs), réussite jouissive du trublion franco-argentin. Dans des registres diamétralement opposés, ces deux films partagent pourtant plusieurs qualités anticonformistes, un goût pour la prouesse technique et une propension à l’immersion hallucinatoire, de même que les films de Lars von Trier et Jean-Luc Godard dialoguent en secret, loin du brouhaha médiatique et des postures de vénération et de détestation qu’ont entouré leurs projections respectives à Cannes.

Une fois de plus, c’est une habitude, mon agenda ne m’a pas permis de voir pendant le festival le lauréat de la Palme d’or, Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda, ni BlacKkKlansman de Spike Lee qui repart avec le Grand Prix du Jury, rendez-vous manqués à Cannes que j’honorerai à Paris ou ailleurs.  

photo en tête de texte : Alice Rohrwacher © Bertrand Noël

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

12 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Que d’impatiences vous suscitez cher Olivier!!! En tête de mes attentes: les opus signés NB Ceylan, LVT, Bi Gan ( Kaili blues était déjà très impressionnant),JLG, G Noé mais aussi bien d’autres.
    Riche année au final malgré le désappointement initial de maints commentateurs.

  2. Sawyer dit :

    « La création d’une Palme spéciale pour Jean-Luc Godard et son magnifique Livre d’image continue de souligner l’admiration qu’inspire le vieil ermite de Rolle (…) distinction honorifique qui salue, on le devine, autant sa place dans l’histoire du cinéma et son immense contribution à l’art cinématographique que les qualités intrinsèques de son dernier opus, terrassant d’inventivité et d’émotion. »

    Je ne répondrai pas à cette provocation, non, non, non !! (… mais je me retiens !)

  3. Ben dit :

    Avez-vous vous aussi flashé sur Joanna Kulig?

  4. James dit :

    attendez-vous avec impatience la série de Nicolas Winding Refn, Too Old to Die Young, dont le teaser alléchant vient de sortir?

  5. Sawyer dit :

    Avez-vous vu « Huit heures ne font pas un jour » de Fassbinder ?
    (Après le marathon de Cannes, je suppose que non)
    Fassbinder (le Balzac allemand), le mec il est fort : il continue à sortir des films… alors qu’il est mort depuis 35 ans.
    J’ai même compté, il reste encore 6 films totalement inédits en DVD (films réalisés pour la télé) :
    – Gibier de passage (1972)
    – Liberté à Brême (1972)
    – Nora Helmer (1974)
    – Peur de la peur (1975)
    – La femme du chef de gare (1976)
    – Femmes à New York (1977)
    Sans oublier aussi « Theater in Trance » (un documentaire) et « Comme un oiseau sur un fil » (une curiosité : un show musical d’une heure).
    « Huit heures ne font pas un jour » n’est sans doute pas une oeuvre majeure… mais l’auteur y fait preuve d’un humour et d’une légèreté assez inhabituelles chez lui (je dirais même que c’est la seule fois, en 40 films, où il fait preuve d’humour et de légèreté).

    • olivierpere dit :

      Pas encore eu le temps, mais j’ai cette série en blu-ray. j’ai profité – hélas moins que je l’aurai voulu – de la rétrospective pour voir ou revoir quelques-uns de ses chefs-d’oeuvre comme Le Secret de Veronica Voss ou Le Marchand des quatre saisons. On ne cesse de découvrir chaque année des productions inédites en France faites pour la télévision dans les années 70. Un cinéaste que j’admire en plus en plus. Il y a de l’humour dans certains de ses films, même s’il est très noir et cruel – voir Le Marchand des quatre saisons ou Le Droit du plus fort.

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