Olivier Père

Cannes 2018 Jour 11 : Heureux comme Lazzaro de Alice Rohrwacher (Compétition)

Avec les aventures de Lazzaro, un innocent né dans un hameau paysan resté à l’écart du monde moderne, Alice Rohrwacher (Corpo celeste, Les Merveilles, Grand Prix du Festival de Cannes en 2014) veut étudier, à la manière d’un conte poétique, les profonds bouleversements de la société italienne de ces trente dernières années. « Les marges de la société, les marges de l’histoire, les marges entre ville et campagne peuvent nous aider à transfigurer notre monde. Mon souhait est de raconter, à travers les confins extrêmes de la réalité, une fable. » (Alice Rohrwacher)

Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice) ressuscite sans ostentation le grand cinéma italien spiritualiste et politique des années 60 dont il retrouve la magie et la folle audace. Alice Rohrwacher démontre qu’on peut signer un film sur la violence sociale de notre époque, l’exploitation des paysans et du sous-prolétariat, en empruntant les chemins de la poésie, des voyages spatio-temporels et de l’allégorie. La cinéaste s’inscrit dans l’héritage de Olmi, De Sica et Pasolini, et s’inspire ouvertement de Uccellaci e Uccellini (Des oiseaux, petits et gros) et de Miracle à Milan. Mais cette filiation revendiquée ne débouche jamais sur un pastiche maniériste ou une révérence appliquée. Le film invente une forme gracieuse pour traiter de l’errance d’une petite communauté rurale qui passe de la domination de patrons agricoles à la misère dans les terrains vagues de la périphérie de Milan. D’une servitude l’autre, Heureux comme Lazzaro est un film scindé en deux, qui propulse un saint innocent au cœur de la brutalité du monde moderne. Mais la démonstration de la réalisatrice n’a rien de démonstratif ou de théorique. Heureux comme Lazzaro est un film incarné, qui prouve que le cinéma est encore capable de miracles. Miracle de nous faire croire à cette histoire, miracle de capter la lumière qui émane des visages et des lieux. Alice Rohrwacher parvient à nous émouvoir, nous faire rire et pleurer et surtout nous étonner à chaque moment de son film. Elle filme avec amour ses personnages, en particulier Lazzaro dont la douceur et la bonté se confondent avec celle de son interprète, le jeune Adriano Tardiolo.

adriano-tardiolo © Bertrand Noël

Adriano Tardiolo © Bertrand Noël

adriano-tardiolo © Bertrand Noël

Alice Rohrwacher © Bertrand Noël

 

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

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