Cannes 2018 Jour 8 : Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (Semaine de la Critique)

Après le succès critique de son court métrage La fugue (Ours d’or du court métrage en 2013), Jean-Bernard Marlin, 38 ans, réalise ce premier long métrage à partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi. S’inspirant d’un fait divers récent, il raconte l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.

« J’ai donc nourri cette histoire de beaucoup de souvenirs, de moments, de rencontres et de sensations. Shéhérazade est une histoire d’amour sur la brèche, au jour le jour. Une éducation sentimentale contemporaine ». (Jean-Bernard Marlin)

C’est toujours un grand bonheur – et aussi une grande satisfaction lorsqu’on y a participé de près ou de loin – que d’assister à la naissance en direct d’un cinéaste, à Cannes ou ailleurs. Shéhérazade est sans nul doute l’une des plus belles révélations de ce festival. Le film confirme le talent exceptionnel de Jean-Bernard Marlin entrevu dans ses premiers courts métrages. A partir d’un fait-divers sordide, il tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et à l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux jeunes adolescents propulsés dans un monde de violence et de prostitution, dans les rues de Marseille. Marlin refuse de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie. Pour raconter cette rencontre passionnelle entre un jeune proxénète accidentel et une gamine qui fait le trottoir, Marlin tord le cou aux clichés du polar à la française aussi bien qu’aux bonnes manières du cinéma d’auteur. Il opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels formés à l’école de la rue et de la prison. Shéhérazade débute par un hommage à Scarface de Brian De Palma – le générique constitué d’images d’archives retrace l’histoire des migrants venus trouver refuge dans le port de Marseille, des familles italiennes jusqu’au récents réfugiés d’origine africaine ou moyen-orientale puis se poursuit comme un mélodrame pasolinien, sans oublier les amants de la nuit de Nicholas Ray. Les éclairs de violence, les humiliations subies par le couple d’amoureux alternent avec des instants de tendresse et d’intimité qui nous arrachent les larmes. Shéhérazade raconte la trajectoire d’une bête féroce qui trouve le chemin de la rédemption grâce à l’amour le plus pur d’un ange du trottoir. Shéhérazade irradie du feu intérieur de ses jeunes interprètes, sauvages et magnifiques. Marlin signe un film lyrique et brûlant, et ses mille et une nuits commencent à peine à nous hanter.

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin

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Dylan Robert et Kenza Fortas, les amants magnifiques de Shéhérazade © Bertrand Noël

Catégories : Actualités · Coproductions

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