Olivier Père

Lord of Illusions de Clive Barker

Les amateurs de films étranges devraient se réjouir de l’édition en Blu-ray de Lord of Illusions de Clive Barker, enfin visible dans son montage « director’s cut » de 121 minutes, soit douze minutes supplémentaires par rapport à la version distribuée aux Etats-Unis en 1995. En France le film était demeuré inédit en salles, avant d’être exploité tardivement en vidéo. Lord of Illusions est le troisième long métrage de l’écrivain anglais Clive Barker, et le dernier à ce jour. Il succède à Hellraiser (1987) tourné en Angleterre et à Cabal (1990) qui connut de nombreux déboires d’écriture, de production et de distribution, malmené par la Twentieth Century Fox. Lord of Illusions est le premier film entièrement américain de Barker. Ce sera un nouvel échec commercial, à son tour mutilé et remanié, cette fois-ci par la MGM. Lord of Illusions a entériné les difficultés rencontrées par Barker pour transposer à l’écran les univers fantastiques de ses romans. Difficultés plus économiques qu’artistiques. Hellraiser fut un succès surprise à la fois critique et public. Les débordements pervers et sadiques de l’écrivain réalisateur s’accommodaient d’un budget très modeste, dans la tradition du cinéma d’exploitation britannique ou italien. Lord of Illusions est un film de studio qui bénéficie de moyens très confortables, sans que Barker ne songe à atténuer la violence et l’étrangeté de son projet. Les effets et maquillages spéciaux sont employés de manière plus originale que dans la plupart des films de genre américains de la même période. L’action se déroule à Los Angeles et dans le désert alentours. Le film mêle des éléments de néo noir, de magie au courant « splatterpunk » et ses excès de violence malsaine qui établirent la réputation de l’écrivain. Un détective privé new-yorkais spécialisé dans les affaires relevant de l’occultisme enquête sur un célèbre illusionniste et ses liens avec un prédicateur fou, chef d’une secte de dangereux illuminés, disparu plusieurs années auparavant. Pensé comme un croisement entre Chinatown et L’Exorciste, Lord of Illusions est loin d’égaler ses modèles mais se révèle une bonne surprise. D’abord par la liberté que Barker prend avec le scénario traditionnel, en déployant un récit ambitieux aux nombreuses circonvolutions. Ensuite par la fidélité à ses obsessions littéraires, notamment la douleur physique et les plus incroyables altérations corporelles, qui donnent lieu à des scènes gore plutôt intenses. C’est aussi un film qui propose différents niveaux de perception de la réalité, par le biais de spectacle de magie ou d’hallucinations. Enfin, Lord of Illusions offre la part belle à un imaginaire et des fantasmes homosexuels, ce qui est assez rare dans le cinéma hollywoodien, même dans le cadre d’un film d’horreur. Clive Barker confirme avec Lord of Illusions son statut singulier d’artiste pluridisciplinaire, capable de déployer un univers fantastique complexe dans les domaines variés de la littérature, des arts plastiques, du théâtre, du jeu vidéo ou des séries télévisés. Son incursion dans le cinéma, brève mais intrigante, ne démérite pas dans ce vaste ensemble.

 

Lord of Illusions est disponible à la vente en Edition Collector chez Le Chat qui fume, dans un combo blu-ray et DVD, avec des suppléments de qualité (images du tournage et intervention de Guy Astic, directeur des éditions Rouge Profond, fin connaisseur du fantastique littéraire et cinématographique et de Clive Barker.

Lord of Illusions de Clive Barker

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