Olivier Père

Enquête sur une passion de Nicolas Roeg

ARTE diffuse lundi 23 avril à 22h50 Enquête sur une passion (Bad Timing) réalisé par Nicolas Roeg en 1980. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur le site d’ARTE.

Enquête sur une passion marque l’apogée de la carrière de Nicolas Roeg. Le cinéaste britannique a pratiqué dans les années 70 un cinéma de la sensation, avec une prédilection pour les récits morcelés qui mêlent plusieurs temporalités, fantasmes et souvenirs. Sans doute sous l’influence d’Alain Resnais le cinéaste britannique envisage le cinéma comme un art du montage, pour y explorer des paysages mentaux dérangeants et malsains. Nicolas Roeg raconte dans ce film puzzle la déréliction d’une histoire d’amour entre un homme et une femme que tout oppose. De manière moins ostentatoire que dans L’homme qui venait d’ailleurs, Roeg s’y livre à un intimisme baroque qui associe à l’étude psychologique des stridences visuelles que n’aurait pas reniées le Dario Argento de la grande époque.

Vienne, berceau de la psychanalyse, est le théâtre de ce thriller érotique où un psychiatre cherche à percer le mystère d’une jeune femme sensuelle et libre. La capitale autrichienne est aussi bien filmée que Venise dans Ne vous retournez pas. Nicolas Roeg utilise de nombreuses œuvres musicales et picturales dans un film où l’art occupe une place importante. Enquête sur une passion trouve un écho direct dans deux tableaux de peintres viennois, Le Baiser de Gustav Klimt et La mort et la jeune fille de Egon Schiele.

Theresa Russell est magnifique dans le rôle de Milena. D’une beauté à couper le souffle, vénéneuse et autodestructrice, elle est géniale et invente un personnage féminin extraordinaire, ni victime ni femme fatale. Milena traverse le film entre la vie et la mort, au cœur d’une enquête à la fois policière et sexuelle. Nicolas Roeg sera le premier à être fasciné par l’actrice américaine, au point de l’épouser après le tournage et de la diriger dans quatre autres longs métrages, qui ne réitéreront pas totalement la réussite artistique d’Enquête sur une passion.

Theresa Russell et Art Garfunkel dans Enquête sur une passion

Theresa Russell et Art Garfunkel dans Enquête sur une passion de Nicolas Roeg

 

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7 commentaires

  1. Sawyer dit :

    « L’homme qui venait d’ailleurs », j’ai le souvenir d’un film assez beau, esthétiquement (Roeg était directeur photo à la base, je crois), mais franchement catastrophique sur le plan du scénario : c’est d’autant plus rageant que je suis un fan hardcore de Bowie (et les années 70, c’était l’âge d’or de Bowie, la décennie où il était capable de sortir un album exceptionnel par an).
    Bowie acteur, j’adore surtout les somptueux « Furyo » et « Les prédateurs » (tous deux sortis en 1983).

    De Roeg, je garde un meilleur souvenir de « Ne vous retournez pas » : pas vraiment passionnant, mais assez intrigant tout de même (un peu comme, pour citer un autre film hivernal qui se passe à Venise, « Ames perdues » de Dino Risi… même si les deux films sont assez différents).

    J’aurais bien maté ce « Enquête sur une passion » diffusé sur Arte le 23 avril… alors que nous sommes déjà le 27 avril (ah bah zut alors !).

    • olivierpere dit :

      Merci de citer Ames perdues c’est un Risi un peu oublié et pourtant fascinant. Nous sommes le 27 mars je sais il va falloir attendre un peu avant de voir ou revoir Enquête sur une passion…

      • Sawyer dit :

        Dino Risi, il y a surtout un film dont je suis fan… mais assez négligé par la critique, j’ai l’impression… mais pour moi, incontestablement son plus beau film : « Fantôme d’amour » (1981).
        Film funèbre et mélancolique, vraiment poignant.

  2. Junior Beauchamp dit :

    Franchement, vous faites plaisir avec cette programmation ciné. Mille mercis !

    Heureusement qu’Arte existe.

    Mon préférée de Roeg est sans doute Walkabout. Quel est le votre Olivier ?

    • olivierpere dit :

      Merci à vous. Mon Roeg préféré est peut-être moi aussi Walkabout (La Randonnée) que j’ai découvert tardivement.

      • Regnault dit :

        Castaway est bien aussi, à voir comme une réminiscence de Walkabout pour ce qui est l’éloignement avec la civilisation – plus de 10 ans après.
        Walkabout est également mon préféré, un chef-d’œuvre de montage qui d’ailleurs me fait penser à celui d’un autre ancien directeur du « domaine photographique », Jerry Schatzberg, dans Portrait d’une enfant déchue. Il me semble que les deux partagent, à ce moment précis de leur carrière (1970/1971), cet art si juste et si habile du montage en tant qu’essence du médium cinématographique.

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