Olivier Père

Mirage de la vie de Douglas Sirk

ARTE diffuse Mirage de la vie (Imitation of Life, 1959) de Douglas Sirk jeudi 8 mars à 13h30.

Comme d’autres mélodrames de Sirk réalisés dans les années 50, Mirage de la vie est le remake d’un film de John Stahl, Images de la vie (Imitation of Life), sorti en 1934. En réalité il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman de Fannie Hurst publié en 1933. Le film de Sirk aborde frontalement deux sujets courageux dans l’Amérique de la fin des années 50 : l’émancipation des femmes et la ségrégation raciale. Le film met en scène l’ascension sociale de Lora Meredith, une veuve mère d’une petite fille qui va se battre pour devenir une comédienne riche et célèbre, au détriment de son bonheur familial. Lana Turner interprète cette femme qui dans un mélange d’arrivisme et de détermination refuse à la fois la demande en mariage d’un jeune photographe désargenté et les avances concupiscentes d’un impresario peu scrupuleux qui lui explique les avantages de la promotion canapé. Si Mirage de la vie se contentait de suivre cette histoire et ces personnages nous serions dans un soap opera au propos timidement féministe. Mais le film raconte aussi la vie de dévouement et de sacrifice de la gouvernante de Lora, Annie Johnson, qu’elle a rencontré lors de ses années de vache maigre. Annie vit dans l’ombre de Lora et s’en accommode, tandis que sa fille, Sarah Jane, est déchirée dès l’enfance entre son amour pour sa mère et son rejet de ses origines noires. Douglas Sirk entremêle avec élégance, sur une dizaine d’année, les destins de deux générations de femmes. Aux yeux de Sirk, Annie Johnson est sans doute la véritable héroïne de son film. Le personnage le plus émouvant est peut-être celui de Sarah Jane, adolescente révoltée qui refuse le sort que lui réserve la société blanche américaine. Mirage de la vie est l’adieu de Douglas Sirk au mélodrame hollywoodien, et son chef-d’œuvre testamentaire. Il est difficile de retenir ses larmes lors de la scène finale.

Mirage de la vie de Douglas Sirk

Mirage de la vie de Douglas Sirk

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4 commentaires

  1. Sawyer dit :

    Mélo sublime (dans le même style, j’aime beaucoup aussi « Le temps d’aimer et le temps de mourir »… mais aussi certains film de Minnelli comme « Celui par qui le scandale arrive » et « Comme un torrent »).
    Les déchirements d’une Sarah Jane annonce un peu les tourments d’un Michael Jackson, je trouve (impression très personnelle, certes…).

    • olivierpere dit :

      Vous venez de citer mes trois mélodrames américains préférés ! (avec Elle et lui, Les 4 Cavaliers de l’apocalypse, Il faut marier papa…)

  2. ballantrae dit :

    A time to live, a time to die est effectivement génial tout comme les deux Minelli que vous citez.
    Quant à Imitation of life, oui le mélo relève de cette éloquence des larmes que savait initier le genre par ses excès formels et dramatiques.
    Je suis d’accord avec vous mais je rajouterai aussi les superbes Ecrit sur du vent et Tout ce que le ciel permet (auquel Todd Haynes rendit un hommage vibrant dans Loin du Paradis, ressorti en DVD à l’occasion de la sortie de Carol avec lequel il forme un diptyque vraiment important).
    De Sirk, le film le plus curieux par le caractère improbable de son intrigue est The magnificent obsession.Là je pense qu’on atteint les limites du genre et pourtant « ça marche ».
    Pensez vous que Borzage pourrait être assimilé à un auteur de mélodrames? Todd Browning dans ses films avec Lon Chaney? Et n’oublions pas Griffith! Le lys brisé reste tout de même sacrément sublime!

    • olivierpere dit :

      Oui bien sûr Griffith a signé les premiers chefs-d’oeuvre du mélodrame et certains films de Borzage et Browning sont des célébrations de l’amour fou.

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