Olivier Père

Les Collines de la terreur de Michael Winner

Sidonis vient d’éditer Les Collines de la terreur (Chato’s Land, 1972) dans sa collection « westerns de légende », dans un combo DVD et blu-ray remasterisé. Les Collines de la terreur est le deuxième western du cinéaste britannique Michael Winner après L’Homme de la loi réalisé un an plus tôt, et son premier film avec Charles Bronson. Si L’Homme de la loi était un film MGM tourné au Mexique, Les Collines de la terreur est une coproduction entre les Etats-Unis et l’Europe, tournée en Andalousie dans les paysages désertiques d’Almería, décor de prédilection des westerns italiens de Leone, Sollima ou Corbucci. Cette délocalisation s’explique par la présence de Charles Bronson au générique, qui était devenu une vedette internationale en accédant aux premiers rôles dans une série de films français, anglais ou italiens réalisés entre 1968 et 1972. Les Collines de la terreur sera d’ailleurs l’un des derniers films tournés loin du sol américain par Bronson. L’acteur réintégrera les productions hollywoodiennes la même année que Les Collines de la terreur avec un autre film réalisé par Winner, Le Flingueur.

Dans Les Collines de la terreur, Charles Bronson plus taiseux que jamais (une dizaine de mots prononcés en anglais, espagnol ou langue indienne) incarne Chato, un métis Apache qui va éliminer grâce à l’art de la guerre indien et sa parfaite connaissance de la nature sauvage – son territoire – les vigiles venus l’arrêter pour un crime commis en état de légitime défense (il a abattu dans la première scène du film un shérif qui le provoquait.) Comme dans L’Homme de la loi écrit par le même scénariste Gerald Wilson, la frontière entre justice et vengeance est brouillée. Les Collines de la terreur est un film particulièrement nihiliste et cruel. La plupart des Blancs sont montrés comme des racistes dégénérés tandis que le héros indien, refusant le statut de victime ou d’opprimé, se comporte en véritable tueur de sang froid, prenant vraisemblablement du plaisir à ce jeu de massacre qu’il maîtrise à la perfection. De fugitif, Chato se transforme rapidement en chasseur, usant de subterfuges pour décourager ses poursuivants dans un premier temps, puis pour les éliminer l’un après l’autre après le viol collectif de sa femme, utilisée comme appât par la brigade menée par un ancien officier sudiste (Jack Palance) et un fermier viscéralement raciste. Le film de Winner peut revendiquer un certain réalisme – à l’instar du Fureur apache de Robert Aldrich réalisé la même année, notamment dans la description des tortures pratiquées par les deux camps. Mais des images dignes du cinéma d’horreur « gore » rapprochent également le film des excès du western italien alors moribond. Winner a fréquemment exprimé dans ses films des tendances sadiques, avec une prédilection assumée pour les scènes de morts violentes. Bronson, alors âgé de 50 ans, est impressionnant dans un rôle très physique. Chato abandonne peu à peu les oripeaux de la civilisation blanche pour finir le film quasiment nu, vêtu d’un seul pagne qui dévoile son corps musclé et sec. Bronson et Winner aborderont une nouvelle fois le thème de la vengeance dans le célèbre Un justicier dans la ville quelques années plus tard.

 

 

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