Olivier Père

Blade Runner de Ridley Scott

ARTE diffuse Blade Runner (1982) dimanche 8 octobre à 20h55. Le film de Ridley Scott sera présenté en version restaurée et dans son director’s cut de 1992.

Considéré aujourd’hui comme un classique de la science-fiction Blade Runner de Ridley Scott est pourtant un échec critique et public en 1982. Dix ans après sa sortie un montage conforme à la vision initiale de son réalisateur achève de réhabiliter cette enquête à l’atmosphère planante. Le changement de fin, encore plus pessimiste, et l’insertion d’une scène de rêve impliquant une licorne prolonge l’étrangeté et l’audace d’un film qui brouilles les pistes du cinéma de science-fiction, bouscule le roman de Philip K. Dick dont il s’inspire et prend le risque de transformer Harrison Ford en antihéros à l’humanité floue. Nous sommes en 2019, plongés dans les ténèbres humides et grouillantes d’un Los Angeles démesuré. La ville de Blade Runner ressemble à un croisement cauchemardesque entre Hong Kong et L.A., saturé de signes qui appartiennent autant aux années 80 qu’à un avenir déglingué et pollué. Ridley Scott vient de la publicité et avait déjà montré dans ses deux premiers films un certain talent dans la résurrection ou la création de mondes passés ou futurs – Duellistes, Alien. Il accorde un soin perfectionniste à la direction artistique, aux effets spéciaux, aux ambiances visuelles. Il emprunte aussi bien à Metropolis qu’au film noir et invente une esthétique rétro futuriste qui fera date. L’ambition de Scott n’est pas seulement décorative. Il place les questions de l’identité et de la mémoire au cœur du film, et insiste sur l’ambiguïté des relations entre les androïdes en fuite et les humains qui les créent ou cherchent à les supprimer. Cette enquête métaphysique cite une fameuse scène de Blow Up. L’agrandissement électronique d’une photo révèle un détail qui permettra au détective de retrouver l’une de ses cibles. Nous sommes loin de Star Wars, mais aussi de Soleil vert. La suite de la carrière de Scott démontrera qu’il n’était ni Kubrick, ni Antonioni. Pourtant Blade Runner continue de fasciner.

Blade Runner de Ridley Scott

Blade Runner de Ridley Scott

Blade Runner de Ridley Scott

Harrison Ford dans Blade Runner de Ridley Scott

Blade Runner de Ridley Scott

Rutger Hauer dans Blade Runner de Ridley Scott

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24 commentaires

  1. MB dit :

    J’ai vu cette licorne dans la sortie de 1982, avec la voix off de Ford… ou je me trompe? J’ai hâte de comparer avec la version diffusée par Arte, la chaîne du cinéma.

    • olivierpere dit :

      Non le rêve de la licorne avait été coupé dans la version de 1982… Mais on y voyait la licorne en origami laissée par le personnage de Edward James Olmos.

      • MB dit :

        mais la voix off de H Ford n’appartient qu’à la version d’exclusivité? Comme la fin où Ford et Young partent en soucoupe volante vers un avenir meilleur? Je l’ai jamais revue cette fin heureuse…

        ça y est j’ai trouvé ma réponse:
        http://www.movie-censorship

        • olivierpere dit :

          La voix off a sans doute été rajoutée au moment de la sortie – comme la fin « heureuse » avec le survol au-dessus des montagnes – pour rassurer les producteurs, rendre le film moins hermétique et surtout souligner la ressemblance avec le film noir américain des années 40, 50 où il y avait souvent une voix off du détective. c’est la principale comparaison qui était ressortie en 1982 : les histoires de Chandler, Hammett ou Spillane.
          je n’ai jamais vu le « final cut » des années 2000 quelles sont les différences avec le director’s cut ?

          • MB dit :

            Olivier si vous avez le courage de débrouiller tout ça: sur le site Movie Censorship il y a tt simplement 6 comparaisons couplées deux par deux:
            – sortie en exclusivité internationale-director’s cut;
            – laser disc-director’s cut;
            – copie de travail-director’s cut;
            – sortie en exclusivité USA-sortie en exclusivité internationale
            – sortie en exclusivité USA-director’s cut;
            – final cut-director’s cut!
            On n’a pas les années de sortie pour compliquer la tâche. moi I give up, too old for this shit!

          • olivierpere dit :

            Merci ! C’est vrai cette manie des multiples versions encouragée par les éditions blu-ray est devenue épuisante !

  2. Alex Caire dit :

    Blade Runner (1982) ne ressemble à aucune œuvre antérieure à elle mais influencera des centaines d’autres au fil des années, au point que des milliers de fans retiendront leur souffle la semaine prochaine que BR2049 sera projeté partout en Europe. Un miracle pourrait-t-il avour lieu deux fois (même avec 35 années de distance)? Probable !

  3. Alex Caire dit :

    Un miracle peut t il avoir lieu deux fois, même après 35 années de distance? Probable …. Preuve en est que des millions de fans retiennent leur souffle en attendant la sortie de BR 2049, la semaine prochaine en Europe. Le pire qui puisse advenir serait la ruée de plusieurs milliers de fans, partout dans le monde, sur le film de Ridley Scott (1982), œuvre qui n’a jamais eu de précédent mais influença de milliers d’autres jusqu’à nos jours. La preuve!

  4. Sawyer dit :

    Je pense que ça fait chier beaucoup de critiques (très attachés à la fameuse politique des auteurs) de se dire que l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma (le plus beau ?) a été réalisé par un cinéaste médiocre (Ridley Scott)… médiocre, pour ne pas dire parfois un peu tâcheron.

    Il n’empêche, Ridley Scott, tout peu auteur qu’il soit (je suis le premier à le reconnaître) a eu un début de carrière fulgurant (« Duellistes », « Alien », « Blade Runner »), au point qu’on pouvait vraiment penser qu’on tenait là le nouveau Kubrick.

    J’ajouterai que si la suite de la carrière de Ridley Scott est globalement pitoyable (même « Thelma et Louise » et « Gladiator » me paraissent assez faibles), je sauve quand même « Legend » qui, malgré un scénario un peu bêbête et enfantin, est une pure merveille de poésie (cette poésie cruellement absente dans la double trilogie tolkiennesque de Peter Jackson).

    En fait, je suis sérieux, mais je pense que Ridley Scott a eu une carrière à la Francis Ford Coppola : le mec qui, en l’espace de quelques années seulement, sort quelques chef-d’oeuvres mémorables, puis sombre par la suite dans la médiocrité.

    On me dira que les deux n’ont rien à voir… mais pour moi, rien de ce qu’a fait Coppola après « Apocalypse Now », n’arrive à la cheville de ce qu’il a fait dans la fabuleuse décennie des années 70… et le pire c’est que lui-même en est convaincu.
    Quant à la suite de « Blade Runner », personnellement je n’en attends rien.

    • ballantrae dit :

      Coppola certes est allé très loin dans l’innovation et la folie créatrice avec Apocalypse now mais la décennie qui suit reste un cas d’école en matière de créativité dans l’adversité: il y a le « suicide » Coup de coeur ( qu’il faut revoir car il reste magique mais maintenant on peut s’en rendre compte: en 1982 Coppola était en avance) puis le diptyque de Tulsa ( Outsiders/ Rusty James ) articulé autour du binome tradition/modernité mais aussi les flamboyances stylistiques de Cotton club et Tucker ( trop oublié celui-là!), le classicisme très juste et émouvant de Peggy sue puis Gardens of stone.
      Les 90′ sont plus problématiques et difficiles à analyser: un objet baroque généreux empli d’effets de signature ( Dracula) suivi de deux films quasi anonymes ( Jack et L’idéaliste).
      Les trois derniers opus commentés plus haut sont un retour aux sources assez troublant qui, on l’espère n’est pas achevé: il me semblerait dommage que cette carrière magnifique s’achève sur un objet aussi curieux que Twixt.

      • Sawyer dit :

        Ouais, « Kingdom of Heaven » est pas mal… enfin, « pas mal » comme les derniers Scorsese, dirais-je (« pas mal » ne voulant certainement pas dire « génial »), et les films « pas mal », je n’ai pas tellement envie de les revoir.
        Coppola, « créativité dans l’adversité » : ouh la, c’est vite dit !
        Quand il a lu le scénario de « Peggy Sue », il s’est dit (je le cite !) : « C’est tellement idiot que ça devrait plaire au public ».
        (Notons qu’à l’époque il avait désespérément besoin de rembourser les dettes abyssales de « Coup de cœur »… dont le scénario, déjà, était limite idiot… Je l’ai revu il y a deux ou trois ans, au niveau des dialogues, c’est plutôt affligeant).
        « Cotton Club » : celui-là, il est vraiment mauvais.
        « Tucker » : je l’ai vu il y a plus de 25 ans… pas revu depuis… mais je garde le souvenir d’un film très académique tout de même (on n’y décèle pas du tout la patte de Coppola… à la limite, ça aurait pu être réalisé par n’importe quel cinéaste de vaguement prestigieux).
        « Jardins de pierre » : Coppola a perdu tragiquement son fils durant le tournage, alors autant dire qu’il n’a pas dû s’impliquer des masses (je crois même qu’il ne se souvient plus du tout du tournage proprement dit).
        « Dracula » : à chaque fois que je le revois, je m’endors un peu.
        C’est le genre de films boursouflés qui brassent beaucoup d’air.
        Après, je ne peux pas dire non plus que le film soit mauvais… on sent quand même une certaine énergie, une envie d’en découdre… mais quelque chose, je crois, ne fonctionne pas… j’ai toujours eu du mal à analyser l’échec relatif du film.
        Peut-être, oui, que c’est un film un peu trop artificiel, que ça manque un peu d’âme.
        « Jack » : nul, nul, nul.
        « L’idéalisme » : j’ai jamais compris pourquoi, à l’époque, les Inrocks l’avaient classé parmi les 10 meilleurs de l’année !
        « Twixt » (deux doigts coupe faim : désolé pour la blague pourrie, j’ai pas pu m’empêcher !) : le film est noté 4,8 sur 10 sur Imdb (internet Movie Database), c’est cruel, je sais (… enfin, non, pas si cruel : un peu mérité tout de même !).
        Moi, avec Coppola, je suis comme Olivier Père avec Scorsese : c’est l’amour vache de l’amoureux déçu !
        Qui aime bien châtie bien.

        • ballantrae dit :

          Vos avis sur Cotton club, Tucker, Coup de coeur, Gardens of stone sont excessifs et oui, il a continué à créer « dans l’adversité » puisque endetté il se devait de renflouer ses caisses avec des entreprises parfois impersonnelles a priori…mais dont il arrivait souvent à faire oeuvre personnelle.
          Cotton club possède une ampleur formelle ambitieuse: on se croit happé dans un milieu , dans une époque au point de ne plus savoir où sont la vie et le spectacle.Le montage parallèle entre règlement de comptes contre Dutch Schultz et claquettes est un triomphe visuel et sonore entre autres …
          Mais je ne vais pas passer en revue l’ensemble des films flingués ci dessus d’un adjectif lancé comme un scud!
          Sinon Imdb n’a jamais été pour moi en bien comme en mal un repère pour aller voir ou fuir un film.
          L’amoureux déçu doit vérifier les raisons de sa déception de manière plus approfondie quand il s’agit de films.

          • Sawyer dit :

            Ou alors, j’ai une autre théorie : Coppola s’est désintéressé du cinéma, et son génie perdu s’est retrouvé… dans la production de vins !
            Des vins fameux, paraît-il !
            Je ne suis pas sûr, mais je crois qu’il a créé un empire avec ça.
            Oui, je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites qu’il a accepté des commandes pour en faire des œuvres personnelles (quoiqu’on puisse faire dire n’importe quoi à ce terme générique de « film personnel ») : quand Cronenberg fait « Dead Zone », a priori une pure commande, il réussit à faire un chef-d’oeuvre éblouissant.
            Tout le monde sait que « Le parrain » était une commande… mais le volet n°2 encore plus… car Coppola ne voulait surtout pas le faire !
            Il a posé des conditions draconiennes et délirantes (« Virez Robert Evans, filez-moi un salaire exorbitant, etc »), et la Paramount a dit oui à tout !
            Du coup, il était vraiment obligé de le faire.
            Ensuite, Al Pacino a mis la pression à mort à Coppola pour qu’il réécrive et améliore le scénario (… script admirable, au final).
            Pour Imdb, certes, vous avez raison, mais je trouve que l’avis du public est malgré tout intéressant (parfois beaucoup plus que certains critiques !)… et pour la petite histoire, « Le parrain » obtient la note de 9,2 sur 10 !
            (L’une des notes les plus exceptionnelles du site… lequel répertorie probablement des centaines de milliers de titre en tous genres).
            Alors tomber à 4,8 sur 10 en fin de carrière, il n’y a pas de quoi être fier.
            Cela dit, il n’y a pas que Coppola qui m’ait beaucoup déçu : Roman Polanski après le sommet « Chinatown »… et aussi David Cronenberg après le magnifique « Faux-semblants ».
            Tout artiste a un âge d’or… et ensuite, il est sur une pente déclinante (bien souvent).
            Cela étant dit, le mieux est-il de ne pas trop tourner ?
            Comme Coppola entre 1997 et 2007… ou Sergio Leone entre 1971 et 1984 ?

    • ballantrae dit :

      Scott a commencé très haut avec ses trois premiers films mais n’est pas « mort » ensuite: Legend possède de beaux restes par rapport à l’ambition initiale, il y a une ambiance intéressante dans les deux polars qui suivent.
      J’aime un peu moins que la plupart de spectateurs Thelma et Louise , American gangster ( qui pompe allègrement L’année du dragon) ou Gladiator et aime un peu plus qu’eux Kingdom of heaven (dans sa version longue) ou Black hawk down…mais on est loin des sommets initiaux!
      Et puis il y a tous les films honteux: GI Jane, Prometheus, Hannibal, Exodus, etc…avec un prix spécial décerné à 1492 qui est une bouse intersidérale, bien difficile à défendre.
      Sinon, note en passant, le film de Villeneuve est bien voire très bien par moments et s’avère totalement atypique dans la production SF du moment: il confirme ainsi les qualités vues dans le très beau et juste Premier contact.Villeneuve ne cherche pas à « surpasser » Blade runner mais s’inscrit dans sa continuité avec amour et zèle plastique.
      Ce n’est pas la folie Fury road en matière de revival ( si on se place dans la perspective nostalgique des poursuites de films-clés des 80′) mais Blade runner n’était pas dans cette tonalité là de toutes façons et appelait un traitement lié à l’ineffable, au suspend méditatif du sens, à la contemplation.
      Bouclons la boucle: n’y aurait -il pas un peu du Parrain 3 dans cette entreprise insensée???

      • olivierpere dit :

        D’accord avec vous sur Ridley Scott Kingdom of Heaven et La Chute de l’aigle noir sont mieux que Gladiator très décevant à la revoyure, comme la plupart des films de Scott tournés après Blade Runner (ça en fait un paquet). Sans parler de ceux qui sont complètement nuls. J’avoue trouver amusant le grand n’importe quoi de Hannibal et même Prometheus mais ce n’est vraiment pas sérieux. Pas encore vu le Blade Runner de Villeneuve.

  5. Baxter dit :

    La suite de la carrière de Ridley Scott confirmera plutôt qu’il est un sacré tocard. On a hâte qu’il s’arrête.

  6. Baxter dit :

    Avez-vous vu et aimé Blade Runner 2049 de Villeneuve?

    • olivierpere dit :

      Pas mal. J’aime bien Ryan Gosling, les personnages féminins sont formidables. Le début est réussi, mais ça se gâte vers la fin avec l’apparition de Harrison Ford et la conclusion est plutôt décevante, sans parler du combat dans la voiture et la triste figuration du groupe de rebelles. Il faut reconnaître des qualités visuelles au film mais c’était la moindre des choses

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