Olivier Père

Monsieur Majestyk de Richard Fleischer

Pause récréative dans la filmographie de Fleischer, Monsieur Majestyk (Mr. Majestyk, 1974) est un régal pour les amateurs de polars et les fans de Charles Bronson, dont nous sommes. Fleischer avait déjà signé un formidable thriller rural en 1955 avec Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday). Il récidive près de vingt ans plus tard sans avoir rien perdu de son sens de l’action et du tempo, mais aussi de la caractérisation des personnages, jusqu’au moindre second rôle. Le scénario original de Monsieur Majestyk est signé Elmore Leonard, figure majeure de la littérature populaire américaine, qui écrivit de nombreux romans noir et westerns, et collabora à plusieurs films remarquables, dont celui-ci où l’on retrouve son style.

Monsieur Majestyk est l’un des meilleurs titres de la carrière de Chuck Bronson, qui compte beaucoup plus de bons films qu’on le pense, tous tournés avant la débandade des productions Cannon de sa fin de carrière.

Vince Majestyk (Bronson) emploie des immigrants mexicains pour ramasser les pastèques de sa récolte. Mais un représentant du milieu veut le forcer à utiliser ses propres hommes. C’est l’histoire classique du petit entrepreneur indépendant en butte au système, sauf qu’ici le héros solitaire est un vétéran du Vietnam décidé à ne pas se laisser impressionner, et le système est la mafia. Un Bronson de gauche ? Fleischer l’a fait, comme Sergio Sollima (Cité de la violence) avant lui. Mais Bronson reste fidèle à son personnage de dur à cuire qui n’hésite pas à prendre les armes pour faire sa propre justice, lorsque la police démontre son inefficacité. La dernière partie, au cours de laquelle Majestyk entraîne malgré eux les truands lancés à ses trousses sur son terrain de chasse, passant du statut de proie à celui de prédateur, est typique des films de Bronson, acteur aux muscles d’acier qui aime aussi déployer son agilité de lynx et ses ruses de sioux, utiliser le temps et l’espace autant que la force pour annihiler ses adversaires. Il s’en donne à cœur joie dans son unique collaboration avec Fleischer et Leonard, trois hommes faits pour s’entendre.

Monsieur Majestyk est un polar décontracté au rythme « cool » mais parsemé de formidables scènes d’action – l’attaque d’un fourgon de prisonniers en plein centre ville, le règlement de compte final… Le film de Fleischer bénéficie en outre de la présence, en tueur à gages hargneux, de Al Lettieri, que l’on retrouve en méchant dans plusieurs films américains de l’époque (Le ParrainGuet-apens) L’excellent et massif « character actor » Lettieri interprète une fois de plus un criminel extrêmement brutal proche de la bête sauvage, obsédé par sa haine envers Majestyk et prêt à tout pour se venger.

Il y a déjà (presque) tout Tarantino (et un peu moins) dans Monsieur Majestyk, un modèle de « pulp fiction » bien avant que cela devienne la mode. Il est vrai que les westerns et certains polars italiens (parfois interprétés par Bronson) avaient montré la voie.

Richard Fleischer, Elmore Leonard, Charles Bronson, Al Lettieri – plus une chouette musique de Charles Bernstein : ces noms réunis au générique du même film ne pouvaient que nous garantir un très bon polar « hard boiled », avec ce qu’il faut d’humour et de violence.

Monsieur Majestyk vient d’être édité par Wild Side dans sa collection dédiée au cinéma américain, avec un combo blu-ray et DVD proposant aussi un livre exclusif sur le film et sa genèse, illustré de photos d’archive rares (60 pages). Une édition française à la hauteur du film de Fleischer.

Charles Bronson dans Monsieur Majestyk de Richard Fleischer

Charles Bronson dans Monsieur Majestyk de Richard Fleischer

Catégories : Actualités

10 commentaires

  1. MB dit :

    Tout ceci est vrai vous avez raison même si je trouve que la stoneface de Bronson est moins « parlante » que la stoneface de Randolph Scott ou Mitchum.
    Un autre Fleischer avec Al Lettieri est THE DON IS DEAD que Arte a passé récemment, c’était aussi une bonne surprise. Nous sommes qqs uns à admirer Al Lettieri… (son duo avec Sally Struthers, que Mac Queen a massacré dans GETAWAY était inoubliable, Steve jugea que ça lui volait ses scènes… quel lourdingue mégalo!).
    Pour revenir à Bronson, MAJESTIK propose qqs scènes d’action qui rappelent le sens de la balistique et de la topographie de Fleischer dans l’action (comme chez Mann): la fin quand Bronson « assiège » Lettieri dans son domaine, et se tient accroché au mur au-dessus de la fenêtre! Un grand film qu’on peut trouver en édition simple dvd anglais avec stf si on aime pas ces ensembles à mon avis trop lourds (et chers) de « combo » + bouquin. Vous citez aussi CITE VIOLENTE que W Side devrait enfin éditer ici on ne le trouve qu’en ed USA sans st (ed Blue Underground). C’est un très grand Sollima, la 1ère séquence de dix bonnes minutes (entièrement muette) et la dernière, celle-ci tournée en trois lieux différents un en studio en Italie et les deux autres aux USA en extérieurs, sont magnifiques. J’ai acheté tt ce que j’ai pu trouver de Bronson récemment parmi ceux qui étaient renommés et que j’avais loupés ou voulais revoir: LE BAGARREUR, UN ESPION DE TROP/TELEFON, FROM NOON TILL THREE et L EVADE qui m’avait paru très agréable à revoir (avec 2 atouts: Robert Duvall et John Huston…).

    • olivierpere dit :

      C’est une bonne nouvelle que Wild Side édite bientôt Cité de la violence de Sollima qui est en effet excellent (il existe aussi un blu-ray italien) on en parlera ici.
      Jamais vu L’évadé. J’aime beaucoup Le Flingueur (The Mechanic) qui mériterait lui aussi une belle édition DVD et Les Collines de la terreur (Chato’s Land).

      • MB dit :

        oups! pardon Olivier je voulais dire que ce serait une bonne idée que WS édite ici le Sollima mais c’est un voeu, j’espère ne pas avoir diffusé une fausse nouvelle désolé.
        Je note LE FLINGUEUR bonne journée!

        • olivierpere dit :

          Ah pardon j’avais mal compris. ça finira par arriver !

          • MB dit :

            Il le FAUT! Et REVOLVER aussi! à bientôt!

          • MB dit :

            LE FLINGUEUR que je viens de découvrir m’a un peu déçu, Winner fait le
            service minimum: on n’est pas près d’être éclairé sur son point de vue
            sur la vie, celui-là! Un moment donné lors d’une poursuite en moto
            (assez bien vue, surtout l’intermède comique de la garden-party chez les
            riches) il filme la moto poursuivante de dos, celle-ci disparaît
            derrière une colline et la caméra pane sur la gauche sur les fourrés à
            la gauche du chemin et zoome sur les buissons, parfaitement banals,
            pourquoi? Le caméraman s’est-il cassé la figure? Ca me rappele le zoom
            sur les palmiers dans CET OBSCUR OBJET DU DESIR au début. Il est vrai
            que Winner, Bunuel c’est des préoccupations très voisines… Bon, c’est
            un détail, mais dans les films de Bronson celui-ci n’ayant jamais rien à
            faire passer sauf son indestructibilité il faut que ça compense
            ailleurs. Le film se rattrape vers la fin, où celle- ci est justement
            remise en question (comme dans l’excellent CITTA VIOLENTA) mais ma
            mauvaise impression doit être nourrie aussi par la qualité cata du dvd
            MGM, vous avez donc raison là-dessus, il faut une bonne édition dvd.
            Ce
            qu’il faudrait, Olivier, c’est qu’on soit prévenu quand qqn dépose un
            commentaire même sur un sujet sur lequel on est pas intervenu, dans
            l’idéal quoi. bonne journée.

          • olivierpere dit :

            Le film (pas revu depuis longtemps) m’avait semblé remarquable par son approche comportementaliste d’un tueur totalement cynique, immoral et dénué de la moindre émotion humaine, qui va croiser un double plus jeune et encore plus inhumain que lui. L’absence d’affect caractérise le cinéma de Winner, qui a trouvé dans la violence et le sadisme des sujets capables de l’inspirer – il a aussi signé des films horribles.
            J’avoue que je ne sais pas comment vous pouvez être prévenu des commentaires déposés sur ce blog, mais je vais me renseigner. Bon week-end.

  2. MB dit :

    au fait avez-vous vu THE VALACHI PAPERS? jamais vu…

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