Olivier Père

Black Book de Paul Verhoeven

ARTE diffuse Black Book (Zwartboek, 2006) de Paul Verhoeven dimanche 16 octobre à 20h50.

Black Book marque le grand retour de Verhoeven en Hollande 23 ans après Le Quatrième Homme, le dernier film qu’il avait réalisé dans son pays natal avant son départ pour une carrière internationale et son installation aux Etats-Unis.

Mécontent de Hollow Man et des projets qui lui étaient proposés à Hollywood, où sa situation était devenue délicate depuis le désastre commercial de Showgirls, Verhoeven décide que le moment était venu de rentrer en Europe et de se consacrer à un film plus personnel et ambitieux qui lui permettrait de renouer avec la veine historique et romanesque de Soldier of Orange (1977), avec une approche du sujet aussi audacieuse et provocante que possible. Ce sera Black Book, qui scelle aussi les retrouvailles avec le vieux complice de ses débuts, Gerard Soeteman, qui avait accumulé une vaste documentation sur l’occupation nazie de la Hollande depuis l’écriture de Soldier of Orange.

Black Book s’inspire d’une histoire vraie pour proposer un haletant thriller d’espionnage et un magnifique portrait de femme dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Rachel (génialement interprétée par Carice van Houten) est sans doute la plus belle héroïne du cinéaste qui a souvent mis au cœur de ses films des femmes en péril, obligées d’user de leurs charmes mais aussi de leur courage et de leur intelligence (il n’y a pas que l’instinct et les pulsions primitives chez Verhoeven) pour survivre dans un environnement dangereux : Katie Tippel, La Chair et le sang, Showgirls… et dernièrement Elle.

Carice van Houten dans Black Book de Paul Verhoeven © Pathé Films

Carice van Houten dans Black Book de Paul Verhoeven © Pathé Films

Rachel, jeune fille juive qui échappe plusieurs fois à la mort, doit changer d’identité et d’apparence physique, frayer avec ses ennemis en évoluant dans l’entourage de l’occupant nazi, espionne au service de la résistance hollandaise. Malgré ses masques et ses mensonges elle demeure tout au long du film d’une totale intégrité morale tandis que la corruption, la trahison et la violence règnent autour d’elle, y compris dans les rangs des résistants qui recèlent un traître diabolique. Verhoeven est tout sauf un cinéaste manichéen et Black Book n’occulte en rien les zones d’ombres les plus dérangeantes de l’Histoire, l’ambigüité des comportements, les grandeurs et les faiblesses des hommes qui se révèlent dans les situations extrêmes. Le retour au réalisme et le souci de la reconstitution historique s’accompagnent pour Verhoeven d’une mise en scène et d’un sens du récit plus brillants que jamais. Le cinéaste se souvient des leçons du cinéma d’Alfred Hitchcock, notamment ses films d’espionnage anglais des années 30, et livre dans Black Book plusieurs scènes de suspens anthologiques, jouant en permanence avec les émotions des spectateurs avec des va-et-vient entre l’ironie, la tragédie et l’angoisse. Un chef-d’œuvre.

 

 

 

 

 

 

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