Olivier Père

Répulsion de Roman Polanski

Dans le cadre de son cycle Roman Polanski ARTE diffuse Répulsion (Repulsion, 1965) lundi 6 juin à 23h. le film sera également disponible en télévision de rattrapage sur ARTE+7.

Au début des années 60, après l’accueil houleux reçu en Pologne par son premier film Le Couteau dans l’eau, Roman Polanski s’embarque pour un premier exil, en France puis à Londres où il réalise avec la complicité du scénariste Gérard Brach qu’il a rencontré à Paris (ils signeront neuf films ensemble) son second long métrage, Répulsion en 1965. C’est la mode, à cette époque en Grande-Bretagne, des films d’épouvante de série B. Désireux de tourner à tout prix, le jeune Polanski accepte de travailler pour une petite compagnie spécialisée dans les produits d’exploitation sexy et macabres, en revoyant ses ambitions esthétiques et financières à la baisse.

Selon Polanski, « il leur fallait un film d’horreur… ils ont eu le paysage d’un cerveau. »

Le cinéaste n’y voit aujourd’hui qu’un petit film fauché, un brouillon de ses réussites ultérieures. Mais quel brouillon ! Le film bénéficie de collaborateurs de grand talent choisis par Polanski – le moins brillant n’étant pas Gilbert Taylor, qui venait de signer la photographie de Docteur Folamour de Kubrick. Le cinéaste et son chef opérateur se livrent à des distorsions d’images, des dérèglements scalaires et des expériences sur la profondeur de champ qui transforment l’appartement, décor central du film, en univers mental de plus en plus oppressant au fur et à mesure que l’héroïne s’enfonce dans la folie.

Répulsion © Impex Films

Catherine Deneuve dans Répulsion de Roman Polanski
© Impex Films

Répulsion est la description perturbante des hallucinations d’une jeune femme schizophrène (Catherine Deneuve dans l’un de ses premiers et plus grands rôles, après Demy mais avant Bunuel et Truffaut), refoulée sexuellement, restée seule dans l’appartement de sa sœur, et qui va sombrer dans la folie homicide. Carol est une jeune manucure belge perdue dans une ville étrangère, Londres, ce qui renforce sa solitude et son sentiment d’isolement, comme plus tard le locataire dans un Paris hostile. Le générique – signé Maurice Binder – montre un gros plan de l’œil de Carol traversé dans le sens de la largeur par le titre du film, allusion à la lame de rasoir de Un chien andalou, qui fera son apparition plus tard dans le récit. Un lapin écorché dans une assiette, vision de cauchemar qui évoque à la fois un embryon et une charogne, survient à intervalle régulier comme un marqueur temporel flou et répugnant lorsque les sens de Carol et sa perception du monde se brouillent. Les dernières images du film laissent planer l’idée d’un abus incestueux subi dans l’enfance, clé des tourments de la jeune femme et de sa phobie des hommes. Un brouillon en forme de chef-d’œuvre, donc. Et l’introduction géniale d’une filmographie qui va explorer sans relâche les fissures de l’esprit, les névroses et psychoses des deux sexes étudiées en vase clos.

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