Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni

Théâtre du Temple réédite en version restaurée Zabriskie Point (1970) de Michelangelo Antonioni, visible en salles (celle du Christine21 à Paris) à partir du mercredi 25 mai. L’occasion de revoir un film longtemps décrié – pour sa volonté de se raccrocher au mouvement hippie et à la contestation juvénile – qui s’impose désormais comme l’un des chefs-d’œuvre d’Antonioni, bien plus impressionnant sur le plan de sa mise en scène que de ses idées politiques.

Après le triomphe critique et commercial de Blow Up dans le monde entier, Antonioni reçoit de la part de la MGM une invitation pour réaliser son film suivant aux Etats-Unis, avec un budget de superproduction et une carte blanche artistique. Le résultat déclenchera la colère des financiers américains et déroutera le public jeune auquel il était censé s’adresser.

Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni

Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni

Après un premier film tourné hors de l’Italie, le londonien Blow Up, Antonioni choisit de radicaliser sa démarche de cinéaste et de voyageur. Zabriskie Point est un tableau de l’Amérique contemporaine, d’une prodigieuse beauté plastique. Ce road movie à l’intrigue minimaliste mais aux images ultra spectaculaires, qui se ballade entre ciel et terre, ville (Los Angeles) et désert (le fameux Zabriskie Point du titre), logorrhée (la réunion d’étudiants qui ouvre le film) et silence et avant tout un trip mental qui permet à Antonioni de poursuivre ses recherches de coloriste. Le cinéaste peintre s’y montre de plus en plus teinté par l’abstraction, les expériences sensorielles et les innovations techniques sidérantes – les explosions finales au ralenti, sur fond de Pink Floyd.

Zabriskie Point part à la rencontre de la jeunesse américaine mais aussi des immensités désertiques de la Vallée de la Mort, regard critique d’un artiste Italien sur les États-Unis, sa société consumériste, sa violence mais aussi son cinéma. Le film est une variation, aussi bien thématique que visuelle sur La Mort aux trousses : confusion autour du meurtre d’un policier lors d’une manifestation estudiantine, innocent en fuite, la silhouette d’un avion dans le désert, un couple minuscule perdu dans un paysage montagneux, une luxueuse villa encastrée dans la roche, et même l’acteur Rod Taylor vu dans Les Oiseaux. L’œuvre d’Antonioni entretient avec celle de Hitchcock une étrange et fascinante relation qui pourrait résumer celle qui lie le cinéma moderne au cinéma classique, et illustrer la crise de l’image action théorisée par Deleuze : elle n’a jamais été aussi évidente que dans Zabriskie Point, dont la célèbre conclusion explosive et hallucinatoire renvoie aux plans urbanistiques désertés par la figure humaine de L’Eclipse, et à la partie de tennis allégorique de Blow Up. A l’impossibilité du couple ou de la recherche de la vérité succède le fantasme de destruction et de mise en pièce du capitalisme et la société de consommation, symbolisé par des pulvérisations orgasmiques, images ralenties de pure jouissance mais de courte durée, qui n’entravent nullement la lucidité et le pessimisme du cinéaste.

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