Olivier Père

Deux films ARTE au palmarès du 69ème Festival de Cannes

Ce n’est pas la première fois qu’un palmarès déconcerte ou divise les festivaliers et celui du jury la 69ème édition, présidé par le cinéaste australien George Miller, ne fait pas entorse à la règle selon laquelle une sélection de qualité accouche d’un palmarès décevant. Faute d’avoir vu tous les films de la compétition (seulement 12 sur 21) on ne se permettra pas de porter de jugement péremptoire sur les choix du jury, mais force est de constater que les films que nous avons aimé cette année brillent par leur absence du palmarès : rien pour Julieta de Pedro Almodóvar, Ma Loute de Bruno Dumont, Rester vertical de Alain Guiraudie, Aquarius de Kleber Mendonza Filho (la plus belle nouvelle entrée de la compétition), The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, Sieranevada de Cristi Puiu… sans parler de Elle de Paul Verhoeven (Palme d’or rêvée). Autant de belles occasions ratées de récompenser l’audace, l’intelligence et parfois le génie visionnaire d’auteurs qui ont poussé haut et loin les potentialités de l’art cinématographique, avec toute sa profondeur et sa complexité, ses flots d’émotions contradictoires et ses chocs sensoriels. Mais nous irons voir les films primés, promis.

Olivier Assayas, prix de la mise en scène pour Personal Shopper © ARTE France Cinéma

Olivier Assayas, prix de la mise en scène pour Personal Shopper © ARTE France Cinéma

On ne peut que se réjouir en revanche du prix de la mise en scène ex-æquo avec le talentueux Cristian Mungiu pour Bacalaureat (pas vu) décerné à Olivier Assayas pour Personal Shopper, film de pure mise en scène dont la croyance dans le cinéma, sa capacité à capter à la fois le monde qui nous entoure et les mystères d’une âme atteint des sommets de trouble et d’élégance mêlés.

La Palme d’or d’honneur décernée à Jean-Pierre Léaud, également présent à Cannes dans l’un des chefs-d’oeuvre du festival, toutes sections confondues, La Mort de Louis XIV de Albert Serra, fut le moment le plus fort de la cérémonie de clôture. Plus tard dans la soirée Olivier Assayas et Jean-Pierre Léaud étaient heureux de se retrouver, le premier ayant dirigé le second deux fois dans les années 90 – Paris s’éveille et surtout Irma Vep où Léaud interprétait un cinéaste, comme dans Le Dernier Tango à Paris de Bertolucci et Le Pornographe de Bertrand Bonello.

Jean-Pierre Léaud Palme d'or d'honneur du 69ème Festival de Cannes et Olivier Assayas © ARTE France Cinéma

Jean-Pierre Léaud Palme d’or d’honneur du 69ème Festival de Cannes et Olivier Assayas © ARTE France Cinéma

Enfin le jury a remis – fait exceptionnel – deux prix au même film, Le Client (Forushande) de Ashgar Fahradi – meilleur scénario, meilleur acteur pour Shahab Hosseini, saluant le travail d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces films (et les autres) au moment de leur sortie en salles.

Un grand merci à toute l’équipe d’ARTE présente à Cannes et aux opérateurs qui ont rendu possible la couverture du festival pour notre plateforme cinéma, en particulier Anne Bidaux, Virginie Apiou, Barbara Fuchs et Lama Serhan.

Asghar Farhadi prix du meilleur scénario pour Le Client © Bertrand Noël

Asghar Farhadi prix du meilleur scénario pour Le Client © Bertrand Noël

dans Le Client

Shahab Hosseini prix d’interprétation masculine pour Le Client de Asghar Farhadi

ARTE-Cannes2016-palmarès

Catégories : Actualités · Coproductions

7 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Bravo Arte et bravo Olivier que ce soit pour le palmarès ou surtout pour les films eux-mêmes …mais le commun des mortels dont je suis n’a vu que Ma loute qui effectivement est un petit chef d’oeuvre qui à mon avis pousse même le curseur de P’tit quinquin plus loin car plus conscient encore de ses choix.
    Votre avis sur The neon demon donne envie d’aller voir de quoi il retourne et la manière dont NWR a été accueilli me semble suspecte comme si tout le monde attendait un Drive 2 qu’il ne fera jamais qd on connait le parcours du bonhomme.
    Je pense pouvoir voir enfin Julieta et Elle cette semaine.

    • olivierpere dit :

      Merci à vous, de nombreux films cannois et artésiens sortent cet été parmi lesquels The Neon Demon, La Tortue rouge, Sieranevada, Rester vertical… Pour Personal Shopper il faudra attendre la fin de l’année.
      The Neon Demon a été hué en projection de presse certes mais il figurait parmi les films préférés de nombreux festivaliers, y compris les journalistes (français et étrangers) avec qui j’ai pu discuter. Et les Cahiers du Cinéma et même Télérama ont aimé ! Que le film soit controversé est parfaitement normal mais certains l’auraient bien vu au palmarès. Sa réception a été de toutes façons bien meilleure que celle de Ony God Forgives, et c’est justifié.
      Très envie de (re)voir Julieta et Elle à Paris après leur projection cannoise.

      • Thomas dit :

        Effectivement, Julieta et Elle sont à mon avis les deux films les plus intéressants parmi ceux sortis en salle cette année, avec une petite préférence pour le Almodovar dont la mise en scène est plus en retenue que d’habitude, ce qui n’est pas un mal et s’adapte parfaitement à ce récit entre mélodrame, tragédie antique et légende de fantôme… D’ailleurs la sélection officielle m’a semblé de bien meilleure teneur cette année que les deux ou trois éditions précédentes : outre le Almodovar et le Verhoeven, le Dumont, le film de l’auteur des merveilleux bruits de Recife et le Assayas (vus en AP) sont aussi d’un grand intérêt. Leur absence (ou quasi avec Assayas) au palmarès semble d’autant plus surprenante. Et reste encore Paterson, Toni Erdmann, Rester vertical et The Neon Demon ! Par ailleurs, une idée de la date de sortie du très attendu (au moins par moi!) nouveau film d’Albert Serra ? Merci à vous.

        • olivierpere dit :

          D’accord avec vous. Le nouveau et magnifique film de Albert Serra La Mort de Louis XIV n’est pas encore daté, mais il devrait sortir avant la fin de l’année.

      • Regnault dit :

        « Elle » est un véritable chef-d’oeuvre. Vu aujourd’hui. Verhoeven m’a scié. Quelle classe! Signer un film à la hauteur des meilleurs Chabrol comme ça, tout naturellement. Impressionnant.
        Pardonnez-moi cet enthousiasme débordant.

      • ballantrae dit :

        En attendant d’avoir plus de temps, déjà signaler que Julieta est l’un des plus beaux films d’Almodovar -et sûrement déjà l’un des plus beaux films de l’année-par sa force dramatique, son sens plastique d’une précision et d’une inventivité constantes, son rapport au temps et à l’ellipse qui signalent un maître.

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