Olivier Père

Cartouche de Philippe de Broca

ARTE diffuse Cartouche (1961) de Philippe de Broca mercredi 30 décembre à 20h55. Le film s’inspire de la vie de Louis Dominique Garthausen, surnommé Cartouche, brigand puis chef de bande, qui sévissait à Paris à la Cour des miracles au début du XVIIIème siècle, sous la Régence. De Broca fait de Cartouche un bandit au grand cœur, qui ridiculise les puissants, les riches et les militaires, avec une verve libertaire et une insolence juvénile. Ce classique du film d’aventures à la française dépoussière au début des années 60 le genre « cape et d’épées » populaire la décennie précédente (on pense à Fanfan la Tulipe ou aux films avec Jean Marais) en y insufflant une jeunesse et un ton nouveaux. Cette nouveauté provient d’abord de la distribution : Cartouche est le premier des six films de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo. Le jeune comédien y incarne un bandit athlétique, charmeur et sympathique, annonciateur des héros décontractés et sportifs qui lui vaudront une cote d’amour sans précédent auprès du public. Mais la gouaille de Belmondo pas encore « Bébel », sa présence physique possèdent une modernité inhabituelle dans un film en costumes. Quand une belle bohémienne lui dit « je t’aime » et qu’il répond « je sais », impossible de ne pas penser à Michel Poiccard, le voyou cynique de A bout de souffle. Belmondo n’est pas le seul dans Cartouche à apporter une saveur Nouvelle Vague au divertissement historique signé de Broca. Le scénariste et dialoguiste Daniel Boulanger et le compositeur Georges Delerue, complices réguliers du réalisateur de L’Homme de Rio collaborèrent aussi avec Truffaut, Godard et Chabrol à leurs débuts. Il est révélateur de voir le nom de Boulanger voisiner avec celui de Charles Spaak (scénariste vedette des années 30 et 40) au générique de Cartouche. De Broca s’inscrit dans une tradition française – le cinéma de qualité, friand de sujets historiques – mais il y apporte une fantaisie et une énergie très contemporaines. Belmondo et Claudia Cardinale forment à l’écran un couple d’une sensualité irrésistible. Claudia Cardinale comme Belmondo appartient à une nouvelle génération de vedettes, révélée par Visconti et Zurlini qui ont su mettre en valeur son insolente beauté et un caractère indomptable, qui resplendissent également dans Cartouche. Hymne à l’amour et la liberté, Cartouche se teinte d’une profonde mélancolie dans sa dernière partie, la tragédie s’invite et le film prend une dimension funèbre. L’humour et le panache étaient pour Philippe de Broca, dans ses œuvres les plus personnelles, une élégante manière de défier l’ennui, les idées noires ou les horreurs de la guerre.

Claudia Cardinale et Jean-Paul Belmondo dans Cartouche

Claudia Cardinale et Jean-Paul Belmondo dans Cartouche

 

 

 

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4 commentaires

  1. Tobac james dit :

    Un chef-d’oeuvre, un vrai, un classique dont on ne se lasse pas (le meilleur film français de cape et d’épée) mais qui doit beaucoup à Daniel Boulanger comme tous les meilleurs films de De Broca jusqu’en 1970.
    Pourquoi en France, personne ne se penche sérieusement sur Daniel Boulanger
    scénariste mésestimé alors qu’on glose sur tant d’autres… Les thèmes chers à l’écrivain (lisons ses romans) se retrouvent dans les films de De Broca première période. La contribution de l’écrivain à la réussite des films de de Broca est indéniable, incontournable (les lecteurs de Boulanger reconnaissent dans les films des thèmes, des personnages,des dialogues tout droit sortis de son univers romanesque). Son écriture rapide (« On allait au bistro, Il prenait trois réflexions de l’épicière et il les mettait dans le film » dixit Ph. de Broca, à propos de Boulanger ) et désinvolte, son lyrisme et sa poésie, son humour et son ironie,son élégance enfin marquent d’une empreinte profonde les grandes réussites de De Broca. Alors, relançons le débat : qui est le véritable auteur d’un film ?

    • olivierpere dit :

      Vous avez raison de rappeler que Boulanger est associé aux meilleurs films de de Broca, y compris Le Magnifique – il n’apparait pas au générique mais aurait participé à une réécriture profonde du scénario de Francis Veber qui refusa de signer le film. Son importance est primordiale dans la carrière de ce réalisateur qui aura du mal dans la seconde moitié de sa carrière à retrouver le talent et l’inspiration de ses débuts avec Boulanger. Quant au véritable auteur d’un film il peut être, selon les cas, le réalisateur, le scénariste, le producteur ou l’acteur(trice) principal(e)…

      • Tobac james dit :

        bonjour Olivier Père
        Merci pour votre réponse. Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse.Et merci pour l’anecdote sur Le Magnifique que j’ignorais. Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et à l’année prochaine pour des échanges fructueux sur le Cinéma. Et Vive Arte !

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