Olivier Père

Sur la route de Madison de Clint Eastwood

ARTE diffuse Sur la route de Madison (The Bridges of Madison County, 1995) dimanche 15 novembre à 20h45. Lorsque Sur la route de Madison sortit sur les écrans français en 1995, les mêmes soupçons que pour Au-delà (Hereafter) quinze ans plus tard entourèrent ce film qui était adapté par le scénariste Richard LaGravenese d’un roman à l’eau de rose (un best seller de Robert James Waller paru en 1995.) Pour ses détracteurs Eastwood serait donc aussi racoleur dans le registre des sentiments que dans celui de la violence. Le résultat vint détruire toutes les idées fausses ou préconçues. Sur la route de Madison est aujourd’hui unanimement considéré, à juste titre, comme l’un des plus beaux films du cinéaste.

Mery Streep et Clint Eastwood dans Sur la route de Madison

Meryl Streep et Clint Eastwood dans Sur la route de Madison

Au fin fond de l’Iowa, 1965. Une mère de famille, Francesca (Meryl Streep) mène une existence monotone confinée aux taches ménagères, pétrie d’ennui domestique et champêtre. Alors que son mari et ses deux enfants s’absentent quatre jours, Francesca rencontre un photographe de la revue National Geographic (Clint Eastwood), de passage dans la région à l’occasion d’un reportage. Après avoir sacrifié ses rêves et ses illusions, elle retrouve au contact de cet homme libre la flamme de la passion et de l’aventure. Sur la route de Madison est la conclusion d’une série de films intimistes dans lesquels Eastwood célèbre la figure de l’artiste solitaire et exprime une vision profondément mélancolique, voire funèbre, des relations humaines. « Nous avons mieux que toute la vie, nous avons deux jours », déclarait Sacha Guitry à sa maîtresse mariée à la fin de Faisons un rêve. Dans Sur la route de Madison, deux êtres faits l’un pour l’autre mais contrariés par le destin n’ont d’autre choix que de connaître en quatre jours la passion de toute une vie. Car le film de Clint Eastwood, une des plus poignante histoire d’amour du cinéma contemporain, est aussi une histoire de temps. Dans la tradition du mélodrame américain, les deux amants, faute de pouvoir vivre ensemble, se retrouveront après la vie. La brève et intense relation amoureuse de Francesca, découverte par ses enfants après sa mort grâce à la lecture de son journal secret, leur permettra peut-être de méditer enfin sur le sens de leur propre vie. Classique instantané, Sur la route de Madison appartient à cette catégorie des film (Elle et Lui, Umberto D, …) qui nous serre la gorge et embue le regard à chaque nouvelle – et un brin masochiste – vision.

 

 

PS : Bruce Beresford devait au départ réaliser Sur la route de Madison mais la pré production du film fut entachée de conflits avec Eastwood, ce qui provoqua le départ de Beresford et son remplacement par son acteur principal, puis l’arrivée de Meryl Streep initialement guère convaincue par le projet. De tels problèmes étaient déjà survenus sur Josey Wales hors-la-loi où Philip Kaufman fut viré et remplacé au pied levé par Eastwood (également producteur) après quelques jours de tournage. Eastwood seul maître à bord…

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