Olivier Père

Série noire pour une nuit blanche de John Landis

ARTE diffuse Série noire pour une nuit blanche (Into the Night, 1985) de John Landis lundi 13 juillet à 20h50.

Ed Okin (Jeff Goldblum) est insomniaque, sa femme le trompe et son travail est sans intérêt. Une nuit qu’il erre au hasard en voiture, il se retrouve au parking de l’aéroport de Los Angeles. Peu de temps après Diane (Michelle Pfeiffer, photo en tête de texte), une belle jeune femme blonde, saute dans sa voiture, poursuivie par quatre tueurs iraniens qui viennent d’exécuter l’homme qui se trouvait avec elle et cherchent à la supprimer elle aussi. Une folle course poursuite s’ensuit dans les rues de la cité des anges…

Série noire pour une nuit blanche : première incursion dans le thriller par John Landis qui avait déjà dynamité la comédie musicale (The Blues Brothers), le film d’horreur (Le Loup-garou de Londres) ou la fable sociale (Un fauteuil pour deux) en y injectant beaucoup d’humour et d’irrévérence, une folie ravageuse et de nombreuses citations cinéphiles.

Jeff Goldblum et Michelle Pfeiffer dans Série noire pour une nuit blanche

Jeff Goldblum et Michelle Pfeiffer dans Série noire pour une nuit blanche

Série noire pour une nuit blanche survient dans une période trouble de la carrière de John Landis, après le tournage de son sketch de La Quatrième Dimension au cours duquel l’acteur principal Vic Morrow et deux enfants trouvèrent la mort lors d’un accident d’hélicoptère. John Landis et ses producteurs furent accusés d’homicide involontaire, puis acquittés lors du procès.

Cette tragédie et ses conséquences imprègnent Série noire pour une nuit blanche qui baigne dans une atmosphère sombre et effrayante, véritable film malade, dont la violence déborde parfois du cadre acceptable de la comédie policière, dans une forme de contradiction choquante avec ce que le film prétend être, un simple divertissement au rythme effréné.

Il est un peu plus que cela, et on a souvent minimisé la dimension politique du cinéma de Landis, qui brocarde ici le culte du rendement et de la réussite des années Reagan – l’antihéros interprété par Goldblum est humilié par sa femme et ses collègues parce qu’il n’est pas un gagnant, somnambule inefficace qui va retrouver sa dignité et sa libido au contact du danger et d’une femme absolument désirable et émouvante (Michelle Pfeiffer, révélée dans Scarface en 1983).

Le film de Landis possède des zones d’ombre, parle de corruption et de mauvaises pulsions, parsemé de personnages monstrueux ou inquiétants obsédés par l’argent et le meurtre, joués par des réalisateurs (plus d’une dizaine, parmi lesquels Roger Vadim et Landis lui-même) ou d’improbables vedettes invitées (David Bowie, Vera Miles, Irène Papas). Les tueurs iraniens sont traités comme des figures burlesques et ridicules, mais Landis les filme aussi en train d’exécuter froidement des témoins gênants, sans rien occulter de l’obscénité de la violence et de sa représentation au cinéma.

Michelle Pfeiffer et David Bowie dans Série noire pour une nuit blanche

Michelle Pfeiffer et David Bowie dans Série noire pour une nuit blanche

Des coïncidences et correspondances secrètes circulent entre le film de Landis et un autre tourné à Los Angeles un an plus tôt. Body Double de Brian De Palma raconte lui aussi – avec une virtuosité qui contraste avec l’aspect basique de la mise en scène de Landis – l’histoire d’un type assez pathétique, trompé par sa femme et sans vrais amis, qui va vivre une sorte de cauchemar éveillé à la suite d’une rencontre avec une mystérieuse jeune femme, version eighties de la femme fatale des films noir hollywoodiens, entre candeur absolue et érotisme de prostituée. Le rapport qu’établit De Palma entre pornographie, mort et cinéma est plus frontal dans Body Double, mais il existe aussi dans la comédie noire de Landis, au happy end aussi ironique – et fantasmatique – que celui du film de De Palma.

Autre raison – sinon la principale – de (re)voir Série noire pour une nuit blanche, la beauté renversante de Michelle Pfeiffer dans son blouson de cuir rouge, madeleine de la cinéphilie adolescente des années 80.

 

 

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