Olivier Père

Le Dernier Dinosaure de Tom Kotani et Alex Grasshoff

Le Dernier Dinosaure

Le Dernier Dinosaure

Crocofilms poursuit sa sympathique exploration des enfers des vidéoclubs des années 80, et aussi de films inédits en VHS dans nos contrées, avec deux perles du cinéma bis réunies sur un double DVD collecter et signées par le même et méconnu réalisateur. Tsugunobu Kotani est donc un cinéaste japonais de films d’action et d’aventures de série B qui a participé à quelques téléfilms aux Etats-Unis sous le nom de Tom Kotani. Sa première incursion chez l’oncle Sam fut Le Dernier Dinosaure, film curieux à plus d’un titre. Il s’agit d’une coproduction américano nippone qui crédite également l’obscur Alex Grasshoff à la mise en scène. Mais l’essentiel de l’équipe technique et artistique du Dernier Dinosaure est japonaise, le film ayant été produit par Tsuburaya Productions, société créée par Noboru Tsuburaya, spécialiste des effets spéciaux connu pour sa collaboration avec Inoshiro Honda, excellent réalisateur de science-fiction au sein de la Toho. Tsuburaya est le père de Godzilla et de nombreuses créatures extraterrestres ou préhistoriques apparaissant dans les « Kaiju eiga » des années 60 et 70. L’expertise de Tsuburaya dans le domaine de la science-fiction l’incitera à devenir producteur à partir de 1974 et de mettre en chantier plusieurs films et séries télévisées jusque dans les années 90. Le Dernier Dinosaure demeure son effort le plus notoire en tant que producteur, car il bénéficia d’une distribution internationale. Tsuburaya est connu pour avoir popularisé la technique d’un comédien dans un costume de monstre dans le cinéma de science-fiction japonais, technique réutilisée ici pour animer un tyrannosaure et un tricératops, avec des résultats certes maladroits mais qui apportent une poésie naïve à cette modeste production au charme déjà désuet en 1977. Le Dernier Dinosaure essaye de toute évidence, comme de nombreux films à la même époque, de profiter du succès du King Kong de John Guillermin et Dino De laurentiis sorti l’année précédente (avec lui aussi un homme dans un costume de singe). Il s’inspire également des adaptations britanniques de Edgar Rice Burroughs, Le Sixième Continent et ses suites, qui racontaient des explorations modernes sur des îles préhistoriques où des dinosaures avaient survécu. Un richissime Américain, dont la passion est la chasse de gros gibier, décide de financer et de participer à une expédition scientifique sous la calotte polaire, où un lac abrite une faune et une flore préservée du temps. Son véritable but est d’élargir sa collection de trophées en tuant un tyrannosaure (photo en tête de texte). L’histoire en vaut une autre mais elle charrie des clichés et des dialogues qui auraient fait rougir les scénaristes d’un sérial exotique des années 30. Il y a la journaliste blonde, l’assistant noir muet… mais la palme revient au pachydermique milliardaire texan, interprété par un Richard Boone en bout de course, visiblement très fatigué et perdu entre deux vapeurs de whisky, bougonnant des sornettes d’un autre âge. Le site nanarland ne s’y est pas trompé en écrivant que le dernier dinosaure du film, c’était lui. Des figurants japonais jouent les hommes préhistoriques avec de sommaires prothèses faciales. Merci à Crocofilms d’avoir exhumé ce Dernier Dinosaure, apprécié des amateurs de films improbables, avec un accompagnement critique érudit proposé en bonus qui permet de mieux comprendre une telle aberration filmique dans son contexte de production et d’exploitation. J’avoue que je ne connaissais pas ce film et je l’ai découvert avec un certain plaisir, éberlué par son aspect bricolé, son humour involontaire et sa confondante puérilité. On peut le voir actuellement comme un puissant antidote au rouleau compresseur Jurassic World

 

Le Dernier Dinosaure sortit dans les salles de nombreux pays mais le distributeur américain, inquiet du résultat, préféra le diffuser directement à la télévision. Le phénomène inverse se produisit avec le titre suivant de Kotani, nouvelle coproduction Tsuburaya, téléfilm exploité au cinéma en dehors du territoire américain, Dans les profondeurs du Triangle des Bermudes (The Bermuda Depths, 1978) et rebaptisé par Crocofilms « Le Monstre des Bermudes » : une histoire d’amour surnaturelle étalée sur plusieurs années comme en produit régulièrement le cinéma américain et qui débute lorsque deux enfants jouent sur une plage avec un bébé tortue. La fillette entrainée par le reptile dans l’océan deviendra une sorte de sirène. Ce joli conte fantastique est l’objet d’un petit culte. Malgré un rythme un peu mou et des effets spéciaux approximatifs il distille une réelle poésie. Ces deux films anachroniques occupent une place à part dans la production américaine bis, sans doute grâce à leur métissage culturel.

Dans les profondeurs du Triangle des Bermudes

Dans les profondeurs du Triangle des Bermudes

 

 

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