Olivier Père

Masaan de Neeraj Ghaywan

Masaan, présenté cette année au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard sort le 24 juin dans les salles françaises, distribué par Pathé. Premier long métrage d’un jeune cinéaste qui fut assistant à la mise en scène de Anurag Kashyap sur les deux parties de Gangs of Wasseypur et sur Ugly, coproduit par Guneet Monga déjà au générique de Lunch Box de Ritesh Batra, Masaan est une nouvelle preuve convaincante de la renaissance du cinéma indien indépendant, loin des canons esthétiques et industriels de Bollywood, entre modernité et retour à une certaine tradition littéraire et cinématographique. Neeraj Ghaywan élabore un récit choral où se croisent plusieurs histoires et personnages reliés par les thèmes du deuil et de l’amour impossible, tous écrasés par le poids des castes et l’hypocrisie morale et religieuse, à Bénarès dans la Vallée du Gange. Le film s’articule principalement autour de deux récits parallèles dans lesquels des jeunes couples sont séparés par la mort. Surpris par la police dans une chambre d’hôtel avec une amie un étudiant préfère se suicider plutôt que de subir la honte d’un scandale sexuel – les rapports avant le mariage sont interdits en Inde. La jeune femme et son père deviendront les victimes de l’officier de policier responsable de l’intervention meurtrière, ignoble maître chanteur qui veut leur extorquer de l’argent en échange de son silence.

Masaan de Neeraj Ghaywan

Masaan de Neeraj Ghaywan

L’autre histoire met en scène un jeune homme qui s’occupe des rites funéraires sur les bords du Gange et de la crémation des corps – Masaan veut dire « bûcher » en hindi – et qui tombe amoureux d’une fille des castes supérieures, d’abord incapable de lui avouer sa pauvre condition.

La beauté du film parsemé d’éclats poétiques n’édulcore en rien la noirceur de son propos. Neeraj Ghaywan réussit à étreindre une matière romanesque très riche, par l’intermédiaire d’un scénario foisonnant et néanmoins linéaire, et d’une mise en scène à la pudeur bienvenue. Masaan dresse un tableau peu reluisant de la condition féminine en Inde, de la corruption et des inégalités sociales, dans un pays qui a pourtant connu un développement et une modernisation rapides au cours des dernières décennies. L’actualité et les médias rendent trop souvent compte du harcèlement, des humiliations et des agressions faites aux femmes en Inde (pays qui n’a hélas pas le monopole de ces violences sexistes), il est intéressant de voir un cinéaste débutant oser aborder ce problème sans en faire un film à thèse, ni sombrer dans le sensationnalisme édifiant ou lacrymal.

 

Sortie le 24 juin dans les salles françaises, distribué par Pathé.

Neeraj Ghaywan par Paul Blind, Cannes 2015

Neeraj Ghaywan par Paul Blind, Cannes 2015

Richa Chadda par Paul Blind, Cannes 2015

Richa Chadda par Paul Blind, Cannes 2015

Shweta Tripathi par Paul Blind, Cannes 2015

Shweta Tripathi par Paul Blind, Cannes 2015

Vicky Kawshal par Paul Blind, Cannes 2015

Vicky Kawshal par Paul Blind, Cannes 2015

Catégories : Actualités · Coproductions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *