Olivier Père

En cas de malheur de Claude Autant-Lara

ARTE diffuse En cas de malheur (1957) de Claude Autant-Lara dimanche 7 juin à 20h45.

Il s’agit d’une des grandes réussites, artistiques et commerciales, du cinéma français des années 50 par Autant-Lara qui adapte avec ses scénaristes Aurenche et Bost un roman de Georges Simenon, ici moins trahi que d’habitude au cinéma.

En cas de malheur met en scène un Gabin impérial en avocat mondain et Brigitte Bardot dans l’un de ses meilleurs rôles. Avant Godard et Le Mépris, seuls Clouzot et Autant-Lara lui permirent d’exprimer ses talents d’actrice hors du registre de la comédie.

« Yvette Maudet (Brigitte Bardot), prostituée occasionnelle de vingt-trois ans, assomme une femme en tentant de dévaliser un horloger. Me André Gobillot (Jean Gabin), avocat quinquagénaire, tombe amoureux de sa jeune cliente et obtient son acquittement grâce à un faux témoignage. Il entame alors une relation amoureuse avec Yvette qu’il entretient mais doit la partager avec un étudiant jaloux et possessif, Mazetti (Franco Interlenghi). Soupçonné d’avoir payé le faux témoin, sa carrière est menacée. Son ménage avec Vivianne (Edwige Feuillère) est par ailleurs dévasté quand il part habiter avec Yvette… »

En cas de malheur est un drame de la passion dont la noirceur et le pessimisme appartiennent à une certaine tendance du cinéma français de l’après-guerre, qui vit avec ce titre ses dernières heures de gloire. Ancien héros tragique du prolétariat, Gabin y incarne une nouvelle fois un personnage installé, mais prêt à tout perdre, fortune et respectabilité, pour l’amour d’une jeune délinquante amorale. Brigitte Bardot est remarquable dans le rôle d’Yvette. Le film n’édulcore pas du tout la cruauté ni le caractère scabreux du roman de Simenon, notamment lors de l’épisode du ménage à trois avec la jeune bonne Jeannine (Nicole Berger) engagée par Gobillot pour surveiller Yvette lors de sa réclusion volontaire. L’érotisme naturel de Bardot qui contamine tout le film subit les foudres de la censure, qui priva les spectateurs de la vision des fesses nues de BB dans de la fameuse scène où Yvette s’offre à Gobillot lors de leur première rencontre dans le bureau de l’avocat.

Le personnage interprété par Bardot, malgré sa faiblesse, est jugé avec bienveillance par Autant-Lara qui fustige l’hypocrisie et les arrangements de la grande bourgeoisie qui cherche avant tout à sauvegarder les apparences. Au-delà du démon de midi et du triomphe des sens, le choix de Gobillot correspond à un profond mépris de sa classe d’adoption.

 

 

En cas de malheur est également disponible en Replay sur ARTE+7.

 

 

 

 

 

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