Olivier Père

Cannes 2015 Jour 11 : Cemetery of Splendour de Apichatpong Weerasethakul (Un Certain Regard)

Cemetery of Splendour (Rak Ti Khon Kaen) n’est pas le seul film cannois à s’intéresser aux liens entre le monde des morts et des vivants. Mais il le fait avec une poésie et une philosophie propres au merveilleux cinéaste et artiste plasticien thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Ici de jeunes soldats tombés dans un inexplicable sommeil sont veillés par une vieille femme infirme et une infirmière médium dans une modeste école transformée en hôpital de campagne. Les dialogues nous révèlent que le lieu a été bâti sur un cimetière millénaire, et que les soldats dans leurs rêvent perpétuent les combats des seigneurs et maîtres de guerre enfouis sous terre, à peine dérangés par les dérisoires tumultes des vivants (des excavatrices creusent non loin des trous pour on se sait quels travaux). Film génial sur la narcolepsie, Cemetery of Splendour n’est en rien un film soporifique mais il nous plonge dans une délicieuse et sensuelle torpeur qui loin de nous engourdir nous rend au contraire davantage réceptifs aux moindres détails visuels et sonores, du murmure de la nature et du frémissements des humains. Cemetery of Splendour prolonge Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) par la présence des esprits et des fantômes venus paisiblement visiter les vivants, la rémanence des légendes ancestrales dans la Thaïlande rurale contemporaine, la cohabitation de la mort et de la maladie au sein d’un élan vital et d’une énergie sexuelle sans faille – voir une « morning glory » du plus bel effet sur un troufion endormi. Cemetery of Splendour explore ces thèmes avec davantage de simplicité, délaissant l’imagerie luxuriante du précédent film et les trucages – même s’il en reste quelques-uns, magnifiques et surprenants – pour accorder toute sa confiance à la puissance évocatrice de la parole, à l’enregistrement pur du réel. On reste confondu par autant de calme et de simplicité, de beauté et d’inspiration, avec un sens de l’humour à ne jamais négliger dans l’univers enchanteur de Apichatpong Weerasethakul. L’un des plus beaux films du Festival, un cimetière de splendeur (définition du cinéma?) que l’on a hâte de visiter à nouveau.

Cemetery of Splendour

Cemetery of Splendour

Apichatpong Weerasethakul par Paul Blind, Cannes 2015

Apichatpong Weerasethakul par Paul Blind, Cannes 2015

 

 

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

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