Olivier Père

Cannes 2015 Jour 3 : Mad Max : Fury Road de George Miller (Hors Compétition)

Les fans de la première heure – dont nous sommes – peuvent respirer : ce nouveau Mad Max n’est en rien une opération cynique de « remake » d’un classique du cinéma d’action des années 80, ou d’une réactivation bassement mercantile d’une « franchise » hollywoodienne. La présence de George Miller toujours au volant pouvait nous rassurer. Le cinéaste australien a donné libre cours à sa folie visionnaire et ce quatrième opus est sans doute le plus « mad » de tous. Miller organise un gigantesque barnum cinématographique et réussit un chef-d’œuvre d’art pompier. Devant Mad Max : Fury Road on ne cesse de penser à Cecil B. DeMille. Le film a un côté Dix Commandements post apocalyptique. Mais un DeMille qui aurait forniqué avec le Jodorowsky de La Montagne sacrée, avec une cohorte de freaks et d’amputés (véritables ou numériques, on n’a pas envie de vérifier) et de jeunes combattants kamikaze leucémique en quête du Walhalla, constituant une communauté de survivants dégénérés en plein désert guidée par un patriarche monstrueux surnommé Immortan Joe. Ce tyran entouré de sa famille difforme restera dans les annales des pires ogres du cinéma, interprété par un acteur, Hugh Keays-Byrne qui jouait déjà le leader psychopathe du premier Mad Max, pourtant écrabouillé par un camion à la fin ! Malgré son décorum surchargé – et néanmoins constamment excitant et inventif – le film reprend peu ou prou les principes rudimentaires et l’esthétique heroic fantasy du deuxième Mad Max circa 1981 (The Road Warrior un peu partout dans le monde, Mad Max 2, le défi en France) avec une histoire de convoi rebelle harcelé par des hordes de barbares motorisés. Portant les séquelles d’une probable guerre atomique ou quoi encore, les méchants sont encore plus effrayants et grotesques que les punks culturistes SM du deuxième opus. Absolument tout est spectaculaire et dingue dans Mad Max : Fury Road. Un déluge d’effets spéciaux n’empêche pas Miller de conserver intacte la frénésie brute des poursuites en voiture, des cascades et des corps à corps sanguinaires. On murmure que le chaos du tournage, les tonnes de carrosserie froissée et de décors détruits dans le désert de Namibie en Afrique du Sud n’avaient rien de numérique…

Imortan Joe dans Mad Max : Fury Road

Immortan Joe dans Mad Max : Fury Road

Difficile de remplacer le charisme sauvage et mutique du jeune Mel Gibson mais Tom Hardy s’en sort très bien, tolérant d’être éclipsé par le personnage de Furiosa interprétée par Charlize Theron, la vraie héroïne du film. Les scènes d’action et la profusion d’idées ridiculisent une décennie de blockbusters lyophilisés. L’imagerie du film renvoie directement à la bande dessinée. De nombreux plans évoquent des planches de Moebius. Aussi iconique que les précédents films, Mad Max : Fury Road est super jouissif. On ne sait pourquoi la version projetée à Cannes était en 2D. On présume qu’elle est davantage conforme aux souhaits de George Miller.

 

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