Olivier Père

Barton Fink de Joel Coen

ARTE consacre une soirée spéciale à Joel et Ethan Coen, présidents du jury du 68ème Festival de Cannes en diffusant deux de leurs meilleurs films, présentés et primés à Cannes, dimanche 17 mai : Fargo à 20h45 et Barton Fink à 22h20.

Barton Fink obtint en 1991 la Palme d’or, mais aussi le prix de la mise en scène et le prix de la meilleure interprétation masculine pour John Turturro (photo en tête de texte). Récompenses attribuées par un jury présidé par Roman Polanski, qui ne fut sans doute pas insensible à l’humour noir, au style et aux préoccupations du film, assez proches de ceux du réalisateur du Locataire.

Le quatrième long métrage des frères Coen propose un point de vue très sardonique sur le Hollywood du début des années 40, à travers les mésaventures d’un dramaturge en vogue invité à Los Angeles par Capital Pictures pour y écrire un film. Barton Fink, intellectuel juif new yorkais aux idées progressistes écrit des pièces aux thèmes sociaux dont les protagonistes appartiennent au prolétariat. Avec un mélange de naïveté et de prétention il espère importer son art et ses convictions politiques dans des fictions hollywoodiennes. Rien ne se passe comme Fink le croyait. Le patron du studio est un vulgaire mégalomane, l’hôtel où est logé Barton est un bouge humide et étouffant, la commande qui lui est passée – écrire un film de catch pour Wallace Beery – ne l’inspire pas du tout. Barton Fink tord le cou à de nombreux clichés sur le Los Angeles ensoleillé des années 40 et Hollywood usine à rêves puisque l’action du film se déroule presque entièrement dans l’hôtel de Barton, où le prétendant scénariste seul devant sa page blanche est visité par un étrange voisin obèse, représentant de commerce solitaire en quête de camaraderie. L’autre rencontre que fait Barton est celle d’un célèbre écrivain alcoolique lui aussi exilé et insatisfait à Hollywood, inspiré par William Faulkner (Barton Fink est quant à lui calqué sur Clifton Odets, auteur de théâtre de gauche qui écrivit et réalisa quelques films.)

Barton Fink

Barton Fink

Juste après Miller’s Crossing les frères Coen réalisent un nouveau « film cerveau », un récit onirique en vase clos dans lequel chaque détail du décor prend une connotation organique. Le corridor, l’ascenseur, la chambre à coucher sombre et d’une chaleur étouffante, avec le papier peint qui se décolle des murs renvoient aux lobes du cerveau de Barton, bombardé d’informations angoissantes ou inquiétantes, avec comme point d’orgue la découverte d’un cadavre de femme dans son lit. Ivre de célébrité et de gloire à New York Barton Fink devient à Hollywood un petit scribouillard impuissant et terrorisé par les pontes des studios ou les policiers antisémites qui viennent l’interroger. Le sentiment de persécution et de paranoïa de Fink, qui a de plus en plus de mal à distinguer la réalité du cauchemar et de l’hallucination, ne tient pas seulement à son inadaptation dans un nouvel univers impitoyable mais aussi à sa classe et à ses origines ethniques, dans une Amérique qui sort tardivement de son isolationnisme pour s’engager dans le second conflit mondial après l’attaque de Pearl Harbour, et qui compta avant son entrée en guerre de nombreux sympathisants nazis et adversaires d’une intervention en Europe sous le joug de Hitler.

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